Dialogue de sourds? La conclusion, mardi, d'un programme du Fonds national de la recherche scientifique a mis en lumière les difficultés des rapports entre chercheurs et politiques. Périodiquement, le Conseil fédéral commande un programme national de recherche, sur une thématique plus ou moins précise. Ces PNR sont ensuite bâtis grâce à des appels à idées dans les hautes écoles. Les sujets vont de l'extrémisme de droite à l'habitat alpin en passant par les rayons non ionisants ou les relations entre générations.

Les résultats ne captivent pas le pays, c'est peu dire. Non pour les travaux, qui peuvent comporter des recherches passionnantes. Mais, pressé d'en tirer une leçon simple, le Fonds national verse dans des généralités parfois confondantes. C'est ce qui s'est passé avec le PNR «intégration et exclusion».

L'une des facettes du problème est que les temporalités scientifique et politique ne sont pas les mêmes. La semaine dernière, la prolongation du moratoire sur les OGM dans l'agriculture - la dissémination des OGM fait l'objet d'un tel programme - illustrait à merveille ce décalage.

La façon dont les chercheurs s'approprient la demande du gouvernement peut aussi déboucher sur des malentendus. Entre la question du prince et les réponses des savants, le message a mille fois l'occasion de se brouiller. En outre, dotés de ressources représentant environ 3% du budget du Fonds national, ces PNR sont considérés comme un soutien aux sciences sociales et humaines. Souci légitime, mais qui introduit une ambiguïté quant aux intentions du Conseil fédéral. Les scientifiques ont d'ailleurs beau jeu de rappeler le peu de considération que les politiques ont pour leurs travaux. Dialogue de sourds, donc.

Le système des PNR mérite sans doute une refonte en profondeur. Pour analyser les soubresauts de la Suisse sociale, politique, économique ou culturelle, des pôles de compétences, sous forme d'observatoires, paraîtraient plus adéquats. Et si le Conseil fédéral tient à ses questionnements, il y faudrait une formulation précise. Suivie avec autant de clarté par le Fonds national. öPage 9

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.