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Perplexité des autorités fédérales lors de la conférence de presse consacrée à l'initiative de l'UDC, en décembre.
© THOMAS HODEL

Ma semaine suisse

Fatalisme européen

L'initiative de mise en oeuvre «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels» montre en creux l'absence de projet alternatif mobilisateur du Conseil fédéral et de la gauche et la droite classiques

Cette fois, personne ne pourra nous rattraper par les cheveux au dernier moment. Le vote du 28 février sur l'initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels (initiative de mise en oeuvre)» sera déterminant pour la suite des relations de la Suisse avec l'Union européenne. On le sait, les exigences de l'initiative entreraient en contradiction avec nos engagements internationaux pour les droits de l'homme et l'accord sur la libre circulation des personnes conclu avec l'UE.

Une éventuelle acceptation engagerait très mal une année 2016 cruciale pour les relations européennes de la Suisse. «Adopter une telle initiative serait une provocation vis-à-vis de l’UE», a mis en garde cette semaine le président de la Confédération Johann Schneider-Ammann.

Le Conseil fédéral, qui a fait sa priorité de la mise en oeuvre de l'article 121a de la Constitution, «contre l'immigration de masse», attend que Bruxelles et Londres se soient mis d'accord sur les concessions accordées à la Grande-Bretagne en matière de libre circulation des personnes pour connaître les dispositions de l'UE envers une éventuelle clause de sauvegarde.

Jusqu'ici le Conseil fédéral a tenté de gagner du temps pour éviter d'avoir à proposer au parlement un texte de loi comportant plafonds, contingents et priorité nationale. Mais il ne reste désormais qu'un an au Conseil fédéral et au parlement pour adopter la loi. C'est dire si le gouvernement helvétique est désormais soumis à la bonne volonté des Européens.

Or même si la Suisse parvenait avec l'UE à une solution lui permettant d'enclencher un ralentissement de l'immigration européenne «en cas de difficultés sérieuses d'ordre économique ou social», cela ne ferait que rallumer le débat sur le plan intérieur. Tout indique que, sans plafonds et sans priorité nationale, les promoteurs de l'initiative «Contre l'immigration de masse » se sentiraient floués et crieraient, non sans de bons arguments, à la trahison de la volonté populaire. Il faudrait une nouvelle fois en découdre devant les urnes.

Or, face à une droite nationale qui a fait des droits populaires son arme de prédilection, le Conseil fédéral et les partis qui le suivent partent perdants. L'avantage reste toujours à l'offensive. L'UDC a su imposer son discours émotionnel grâce à une parfaite maîtrise de la communication et d'importants moyens financiers. Mais ce qui est essentiel, c'est qu'elle offre à ses partisans un objectif immédiatement compréhensible en même temps que sa vision d'une Suisse constituée d'un peuple partageant les mêmes mythes. Il y a, dans le message de l'UDC, une commune adhésion à un pays idéalisé.

«Je veux bien qu'une civilisation soit sans foi, mais je voudrais savoir ce qu'elle met à la place », a fait dire André Malraux à un de Gaulle confronté, à la veille de sa mort, à la première civilisation agnostique. La force du nouveau national-populisme est précisément d'avoir remplacé la foi par la croyance dans une suprématie nationale. Et ils sont de plus nombreux à y adhérer, ne serait-ce que parce qu'au moins on leur propose de combler un vide.

Car, mises à mal par le déclin de l'utopie européenne, la fin de la croissance, la crise de confiance dans les partis politiques, l'afflux de réfugiés et le relativisme face aux droits de l'homme, ni la gauche ni la droite classique n'ont de projet de société à opposer. Répéter le principe fataliste selon lequel «il n'y a pas d'alternative» à l'Europe ou à la mondialisation est déjà de la résignation.


Pour aller plus loin:

Renvoi des délinquants étrangers: 9 questions pour tout comprendre

Renvoi des criminels étrangers: la fermeté, pas l’arbitraire (l'éditorial du Temps)

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