Editorial

Pas de fatalisme face à la crise des migrants

La baisse massive des noyades et des trajets clandestins en Méditerranée orientale montre le bien-fondé de l’accord entre l’UE et la Turquie. L’Europe gagné un répit. Mais elle doit apprendre à anticiper, plutôt que de courir d’une crise à l’autre

Est-ce le début de la fin de la crise des migrants? Des chiffres, publiés mardi et passés presque inaperçus, semblent le suggérer.

Selon l’Organisation internationale des migrations, basée à Genève, les arrivées de réfugiés en Grèce ont baissé de 90% en un mois, de mars à avril. Le nombre de personnes noyées en tentant de gagner clandestinement l’Europe par la Méditerranée est passé de 95 en mai 2015 à 13 depuis le début de ce mois. En Méditerranée orientale, ce chiffre est passé à zéro.

Cette baisse spectaculaire est une bonne nouvelle. Elle démontre le bien-fondé du pacte faustien conclu entre l’Union européenne et la Turquie. Sans faire injure à tous ceux qui ont dénoncé son froid réalisme, ou qui y ont vu un marché de dupes, force est de constater qu’il a mis un coup d’arrêt aux arrivées désordonnées et meurtrières de migrants en Grèce. Il est aussi logique d’ouvrir les frontières de l’UE aux Turcs, tout en hébergeant les Syriens en Turquie. Plus logique, en tout cas, que de permettre aux Syriens d’entrer illégalement en Europe en laissant les Turcs ronger leur frein à l’extérieur, alors que leur pays fait déjà partie d’une union douanière avec l’UE.

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Le fatalisme n’est pas de mise face à la crise migratoire. Le retournement de situation en Mer Egée montre que l’Europe peut agir, lorsqu’elle est résolue et réaliste. En l’occurrence, elle a accepté de pactiser avec un gouvernement turc qui ne lui est guère sympathique.

Mêmes massifs et soudains, les flux de réfugiés peuvent être maîtrisés, réorientés, si les bonnes incitations sont mises en place pour décourager les arrivées clandestines. C’est la condition impérative pour que l’UE maintienne un espace de libre-circulation unifié. Et évite la résurgence anarchique des frontières nationales que l’on a observée ces derniers mois.

Bien sûr, ce n’est pas la fin de la crise des réfugiés en Méditerranée. Le courant migratoire va se réorienter. Des rafiots clandestins surchargés continuent de se presser aux portes de l’Italie. La Turquie est un Etat fort, capable de maintenir les migrants sur son territoire. La Libye, déchirée entre factions rivales, offre une voie de contournement qui sera plus difficile à combler.

L’Europe va donc devoir gérer le phénomène dans la durée, en tirant les leçons de ses échecs. Elle a péché par manque d’anticipation, de moyens préparés à l’avance pour faire face. Sur le tard, elle a comblé son imprévoyance en faisant appel au rude gendarme turc, qui a su monnayer chèrement ses services. De la même manière que, lors de la crise de l’euro, l’UE avait dû jouer les pompiers en intervenant in extremis pour renflouer la Grèce.

Gouverner, c’est prévoir. L’Europe n’a pas atteint ce stade. Elle en est encore à colmater les brèches.

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