Après trois semaines de confinement liées à l’épidémie de coronavirus en Suisse, une sorte de fatigue gagne les esprits. Nous ne parlons pas ici des tensions légitimes qui apparaissent au fil des jours dans les familles où les parents doivent mener de front le travail à distance et le suivi des devoirs des enfants. Ni de celles au sein des couples chez qui les défauts, que les stratégies du quotidien permettent en temps normal de masquer, ressortent comme un diable de sa boîte. Ni même des personnes sur lesquelles la solitude forcée pèse chaque jour un peu plus. Ces usures-là guériront, même si elles mettront du temps à le faire.

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Esprits flapis

Cet enfermement forcé rend certains responsables politiques tout flapis. Comment expliquer autrement la demande de la présidente du PLR, Petra Gössi, exprimée dans la presse dominicale alémanique, de rouvrir désormais tous les commerces qui peuvent respecter les distances de sécurité sanitaire? Cet appel, lancé lors d’un week-end qui va inaugurer une séquence de soleil et de vacances – comme si la nature testait notre volonté –, est un mauvais signal. La courbe des malades admis aux soins intensifs commence seulement à se stabiliser que la pression est déjà grande pour une relance rapide de l’économie. Or, un déconfinement abrupt anéantirait tous les efforts consentis par la population suisse pour ne pas submerger les établissements sanitaires.

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L’ordonnance du Conseil fédéral qui dresse la liste des activités interdites a été édictée le 16 mars. Elle a ses incohérences, que le recul rend toujours plus visibles. Il reste par exemple incompréhensible que les supermarchés puissent vendre fruits et légumes alors que les maraîchers, ceux du moins qui ont pris toutes les mesures afin de respecter les distances de sécurité, soient empêchés de le faire. Le Conseil fédéral doit désormais corriger les défauts de ce texte sans relâcher le dispositif général, qui semble prouver son efficacité.

Le remède contient le mal

La population suisse s’est fortement engagée depuis le début de la crise, comme le montrent les applaudissements de 21h, qui ne faiblissent pas. Le Conseil fédéral a su gagner son soutien par des mesures pragmatiques. Cette cohérence s’est construite sur un dialogue ouvert, alors même que les scientifiques ne cessent de se contredire, comme le montre l’exemple du port du masque. Le remède qu’il propose contient le mal mieux qu’espéré. Le temps n’est pas venu de relâcher l’effort.

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