Editorial

La fatigue de l’info noire

Contre la sinistrose, les médias peuvent faire acte de volontarisme et développer un journalisme constructif. Les lecteurs en redemandent

Vous l’avez lu cette semaine: le réchauffement actuel est sans pareil depuis deux mille ans. Les nuits tropicales se succèdent, des arbres meurent, la biodiversité est en péril. Comment profiter de l’été quand tant de mauvaises nouvelles se pressent? Comment vivre tout court, environnés de si sombres perspectives, nous demandent même Greta Thunberg et ces dizaines de milliers de jeunes qui la suivent? Comment jouer avec ses enfants quand au Yémen, en Libye, au Venezuela tant d’autres, prisonniers de luttes politiques, meurent sous les obus, dans des embarcations de fortune sur la grande bleue ou de faim?

Vous êtes encore là? Tant mieux. Parce que la bonne nouvelle arrive maintenant: le monde recèle aussi sa part d’actualité positive, et de plus en plus de médias ont entrepris de s’en faire l’écho. De nombreux titres ne veulent plus aujourd’hui ne rendre compte que des trains qui arrivent en retard, selon l’image traditionnelle, et ont entrepris ces dernières années d’ouvrir leurs fenêtres pour faire de la place à un autre type d’information, qui montre une autre facette de l’homme, plus prometteuse, plus constructive. Face aux déclinistes et aux collapsologues, des médias se sont montés pour mettre en valeur les histoires forcément «inspirantes» de personnages qui, dans l’ombre ou dans la lumière, sont l’honneur de l’humanité.

A lire: Comment de faux passeports paraguayens ont sauvé des Juifs

Dans nos pages aujourd’hui, le formidable consul de Pologne à Berne qui a sauvé des milliers de Juifs en falsifiant des passeports pendant la Deuxième Guerre mondiale. Là, telle grande école qui ouvre plus grandes ses portes pour rendre le futur personnel politique plus proche des citoyens. Là encore, le travail de milliers de bénévoles pour offrir une fête resplendissante qui réconcilie les générations. Une photo a fait le tour du monde il y a quelques jours sur internet, un moment de fraternité entre un petit garçon à qui un bras manque et une footballeuse professionnelle à qui aussi il manque un bras. Des bons sentiments qui occultent la réalité, protestent certains esprits chagrins?

Le journalisme positif n’a rien à voir avec les vacances, et pourtant. Quand on est loin du bureau, quand on peut prendre le temps d’observer autour de soi, quand on a la chance de découvrir le monde, même abîmé, on se rend compte que des graines d’espoir et d’optimisme sont là, pour peu qu’on change son regard, loin des habitudes et de leur gangue. Le monde n’est pas si noir, ni si méchant, ni si paralysé qu’il peut sembler.

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