Revue de presse

Il faudra «s’habituer» à voir des athlètes gays aux Jeux olympiques

Le baiser du «freestyler» américain Gus Kenworthy à son «boyfriend» a fait sensation à Pyeongchang. Sur les réseaux, la communauté LGBT salue son courage et sa fierté

Tout comme celle de Federer brandissant son trophée de Rotterdam comme confirmation de son retour triomphal au sommet de la hiérarchie mondiale du tennis, l’image a fait le tour du globe ce week-end. Deux garçons s’embrassant sur la piste de slopestyle des Jeux de Pyeongchang. L’Américain Gus Kenworthy, qui a terminé bon dernier de la compétition mais a montré urbi et orbi qu’il n’y avait plus de raison de se méfier de nos jours des caméras de télévision du monde entier. En l’occurrence celles de la NBC, chaîne qui a pourtant été critiquée pour son homophobie par le site Outsports.com, notamment pour avoir fait tout un foin du fait que l’ami de l’athlète s’était procuré une version arc-en-ciel du Stars and Stripes en Corée:

De son côté, le site Fr.newsmonkey.be fait remarquer qu’il est plutôt rare que des sportifs homosexuels partagent un moment d’intimité en public «ou assument même de faire leur coming out. Et ce, quelle que soit leur discipline. C’est dire si le baiser échangé par Gus Kenworthy et son compagnon Matthew Wilkas en direct à la télévision» peut marquer les esprits. L’homosexualité de l’athlète, 26 ans, n’était «pas un secret, ni un tabou» et il est même «devenu l’un des porte-drapeaux de la communauté LGBT aux Etats-Unis» depuis 2015. «Il y a quatre ans, aux JO de Sotchi, il n’avait pas encore osé s’afficher au grand jour […] et l’avait regretté.» Alors qu’aujourd’hui, sur Twitter, il se dit sans ambages «heureux de se trouver en Corée avec son boyfriend» et qu’à cela, il faudra «s’habituer»:

«C’est un sentiment incroyable d’être à ces Jeux et de sortir en étant moi-même, dit-il. Je pense que le plus important est que tout le monde puisse vivre sa vie comme il l’entend et être authentique et honnête. Il a aussi assuré sur sa page Facebook qu’il ne savait pas que son baiser était filmé», ajoutant en conclusion cette formule définitivement romantique: «Love is love is love.»

C’était d’ailleurs «le plus mignon du monde», ce baiser, a plaisanté ensuite Matthew Wilkas, son compagnon. «Etre capable de le faire, […] c’est incroyable», a affirmé Kenworthy, selon le Guardian, qui relève que le geste d’affection a soulevé une vague d’enthousiasme dans le public et sur les réseaux, où il est cité en exemple par la communauté LGBT. «Un bisou de son copain du haut de la pente et une vague de drapeaux arc-en-ciel au fond! Gus Kenworthy, vous rendez tellement d’Américains LGBT fiers de vous!!!» écrit par exemple @rustyhatchell, alors que @Heather_D_ avoue simplement que ça l’a rendue «heureuse» et qu’une star comme Britney Spears encourage le skieur sans fard:

Le site belge relève encore que «bizarrement, Donald Trump n’a pas réagi. Peut-être que le président américain n’a pas apprécié les récents tacles de Kenworthy adressés à son vice-président, Mike Pence», notoirement connu pour être homophobe. Pour rappel, l’homophobie de Pence a régulièrement été dénoncée dans les médias. Le freestyler a aussi expliqué qu’il ne pourrait malheureusement pas lui serrer la main, car il s’était cassé un doigt, explique L’Equipe. Ce qu’il s’est empressé d’annoncer sur son compte Twitter, radiographie à l’appui:

«Je crois que c’est la seule façon de changer les perceptions, d’éradiquer l’homophobie et briser les barrières. C’est par la représentation, précise encore l’athlète, cité par Le Journal de Québec. C’est définitivement quelque chose que je n’ai pas eu quand j’étais enfant. Je n’ai jamais vu un athlète homosexuel aux Olympiques embrasser son copain et je crois que ça m’aurait facilité la tâche. J’espère que ça le fera pour d’autres personnes.» Et voilà pourquoi CNN trouve que c’est «un moment à célébrer». La chaîne de TV l’inclut dans sa série de dessins «iconiques» qu’elle réalise à Pyeongchang:

Le magazine Têtu relève enfin que d’autres athlètes, comme les patineurs artistiques déjà médaillés Adam Rippon ou Eric Radford, condamnaient «les visions conservatrices de Mike Pence, accusé notamment de soutenir les thérapies de conversion pour les personnes LGBT». Lors de la cérémonie d’ouverture des JO, ils avaient ainsi publié, en guise de protestation et de provocation sur Instagram, plusieurs tendres photos, avec un message pour le moins clair adressé au vice-président: «Tu peux aller te rhabiller, Pence.»

Pourtant, le chef de la délégation américaine aux JO semblait prendre tout cela très au sérieux. Il avait notamment adressé un message le 8 février dernier à Adam Rippon sur son compte Twitter, prouvant que son nationalisme était capable de prendre le dessus sur ses préjugés: «Je veux que tu saches que nous sommes POUR TOI. Ne laisse pas les fausses nouvelles te distraire. Je suis fier de toi et de tous nos bons athlètes et mon seul espoir pour toi et toute l’équipe USA est de ramener des médailles d’or à la maison.» Et Têtu de conclure: «C’est chose faite.»


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