La politique salariale des banques a largement dérapé au cours des deux dernières décennies, personne ne le conteste. Au point de devenir l’une des causes principales de la crise financière actuelle. Ce n’est certes pas la seule, mais à force d’inciter dirigeants et traders à prendre le maximum de risques, la machine a dérapé. Le casino des produits titrisés qu’avaient bâti les banquiers sur la dette hypothécaire américaine leur a explosé à la figure. Le crédit est ensuite entré en glaciation, plongeant l’économie mondiale en récession.

Ne rien faire pour corriger le problème des bonus et continuer comme avant serait irresponsable. Dans l’immédiat, la limitation des salaires des dirigeants dont les établissements ont dû recourir à l’aide de l’Etat est parfaitement justifiée. L’argent du contribuable ne doit pas servir à payer des primes en millions à une petite élite.

Mais cela ne suffit pas. Il faut imposer un nouveau modèle pour l’ensemble des banques. Et les solutions qui émergent ici et là vont a priori dans le bon sens. UBS étalera le versement des primes – tout en les conditionnant aux résultats de l’établissement – sur une durée prédéterminée. Le Forum sur la stabilité financière (FSF), une instance internationale qui réunit les principales banques centrales du monde, préconise de son côté de lier les bonus à la durée des risques pris par les employés.

Est-ce la solution? Seule la pratique le dira. Mais UBS juge apparemment que c’est jouable. Au risque, il est vrai, d’engendrer une nouvelle bureaucratie, uniquement dédiée à la fixation des salaires.

Ce qui est sûr, c’est qu’il faut agir maintenant, sans tarder, quitte à rectifier le tir par la suite. Car sitôt qu’il se sera dégagé de la tutelle de l’Etat, le monde financier sera à nouveau tenté par les sirènes de l’autorégulation totale, celle-là même qui a conduit à sa faillite. Preuve en est que la banque américaine Goldman Sachs a annoncé lundi vouloir rembourser au plus vite ce que Washington lui avait prêté… pour pouvoir, notamment, avoir les mains libres en matière de rémunération.

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