Il faut distinguer les réfugiés des migrants

Les événements marquants de ces deux dernières semaines ont interpellé beaucoup de gens en Europe: la découverte de 74 personnes asphyxiées dans un camion sur une route en Autriche, abandonnées par des passeurs sans scrupule, l’image tragique d’un petit garçon échoué sur une plage en Turquie, puis les images des demandeurs d’asile arrivés en Hongrie marchant vers la frontière autrichienne. Même ceux qui ne se soucient pas de ces sujets dans leur quotidien ont été touchés par ces images.

Un plus grand pourcentage de la population reconnaît donc aujour­d’hui qu’il y a un problème aux portes de l’Europe et qu’il faut aider ces personnes qui arrivent en masse. Mais comment? Le geste généreux de l’Allemagne et de l’Autriche de les accepter sur leur territoire a été reçu comme un soulagement après qu’on eut vu leur périple presque en direct sur nos écrans. Mais ce récent geste de générosité de ces deux pays n’encourage-t-il pas les passeurs à demander encore plus d’argent aux gens désespérés des pays pauvres pour qu’ils émigrent immédiatement et illégalement vers l’Europe?

Il importe donc de se mettre d’accord sur le message qu’on veut donner au monde quant à la volonté – ou l’absence de volonté – d’accueillir en Europe ces immigrés arrivant en masse.

Pour cela, il nous faut distinguer entre le droit d’asile et l’admission des migrants qui viennent en Europe pour y trouver un meilleur futur économique.

A quoi sert l’asile

L’asile politique s’offre à un réfugié qui fuit la persécution, que ce soit pour des motifs politiques, ethniques ou religieux ou encore parce que ces individus viennent d’une zone de conflit où leur vie est en danger. On peut penser aux Syriens, aux Yézidis, aux chrétiens d’Orient ou encore à certains musulmans qui se trouvent du mauvais côté du pouvoir chez eux. Cette forme d’émigration est justifiée pour une demande d’asile, qui est octroyée si l’on est convaincu qu’ils risquent leur vie en rentrant chez eux.

L’émigration économique provient du désespoir de masses de jeunes, souvent éduqués en Afrique et dans d’autres régions du monde en développement. Dans ces contrées, l’aventure de l’immigration, y compris ses risques, paraît mieux que de rester chez soi sans travail et sans aucun espoir d’avoir une vie meilleure.

Il semblerait que dans la masse de gens qui arrivent aux portes de l’Europe, nous ayons un mélange des deux genres. L’Europe devrait donc mieux communiquer sa politique d’admission dans les médias des pays d’où viennent les migrants. Admettre des demandeurs d’asile est une noble tradition en Europe qui fait honneur au continent. Absorber des immigrants économiques devrait se faire de façon plus systématique et sélective sans doute, à l’instar de la politique de migration économique aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie.

Aussi l’Europe devrait-elle mieux utiliser son soft power diplomatique et économique pour encourager les gouvernements de ces pays à promouvoir un meilleur environnement des affaires pour que les jeunes trouvent du travail et un futur économique dans leur propre pays.

Après tout, si chaque personne paie en moyenne entre 10 000 et 20 000 francs aux passeurs pour ­venir en Europe, ne vaudrait-il pas mieux ouvrir, avec cette même somme, un petit atelier, ou monter une affaire permettant à ces personnes de travailler à leur compte dans leur pays d’origine sans prendre le risque de perdre la vie dans leur périlleux voyage? Ne devrions-nous pas aider, à travers des programmes d’assistance technique et d’aide au développement, davantage de pays à développer leur économie tout en assainissant l’environnement des affaires afin que les jeunes, une fois formés, aient l’espérance de trouver un futur stable et sécurisé, les encourageant à rester servir leur propre société?

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