Éditorial

Il faut écouter les vignerons 

ÉDITORIAL. La rengaine est connue: les difficultés des vignerons suisses noircissaient déjà les pages de nos journaux il y a un siècle. Mais la crise actuelle semble plus grave que ce qu’ils ont vécu parfois

Les vignerons suisses rappellent le rythme millénaire des saisons. Lorsqu’ils parlent des difficultés à écouler leur vin et des prix impossibles, en pointant du doigt les négociants, les marges des grands distributeurs, la loi sur la circulation routière et la politique d’importation, ils donnent le sentiment de répéter un discours ancien comme un vin de garde. Leurs grands-parents – les coupures de journaux en témoignent – tenaient des propos similaires dans les années 1930. Leurs parents avaient les mêmes énervements dans les années 1990. Mais ils sont toujours là, pourtant, tenant un gros tiers du marché du vin (35%), qui a toujours fait la part belle aux nectars importés.

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A chaque époque, on les accuse de refuser les remises en question, dont la plus fondamentale: faut-il continuer à produire des vins de table et «de soif» à la qualité parfois discutée, ou se concentrer une fois pour toutes sur les grands crus, qui leur valent souvent les honneurs viticoles internationaux?

La réponse n’est ni simple ni univoque. Parce qu’il y a les constats économiques d’un côté, la tradition de l’autre, dont le chasselas est un notoire exemple. Un expert suisse du vin eut un jour cette formule: «La Suisse produit les vins bas de gamme les plus chers du monde et les vins haut de gamme les moins chers du monde.» C’est sur ce fil qu’il faudra régler le pas de l’avenir des vignerons.

On aurait cependant tort de ne pas considérer leurs plaintes actuelles. Elles ont beau ressembler à des pleurs de jadis, la situation est plus grave qu’elle ne l’a jamais été. Trop de vin, peu de soutien. Les vignerons ont le sentiment de n’être guère écoutés, et d’être respectés seulement pour la beauté du décor et les photos que l’on peut faire au milieu des vignobles en terrasses: les touristes adorent s’y promener, mais ne consomment guère le vin qu’on y produit. Dans le journal du jour, un vigneron de Lavaux évoque ainsi la crise de 1929 et se souvient des cruautés que connurent ses ancêtres. Il prédit des drames. Un autre à Genève poursuit sa grève de la faim. Ils sont les vignerons de la colère, ils nous demandent de les écouter.

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