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Il faut fêter le photojournalisme

Le photographe valaisan Olivier Maire célèbre les 20 ans de son studio en montrant le travail de 28 confrères et amis. Une démarche essentielle

Le poids des mots, le choc des photos. La devise est connue, c’est celle de Paris Match, hebdomadaire créé dans le Paris d’après-guerre. Elle affirme qu’un bon journal doit s’appuyer sur des photos qui interpellent, qui montrent, qui expliquent, qui magnifient, tout en pesant ses mots. Car on ne le sait que trop bien: bien utilisés, les mots peuvent être une arme redoutable.

Lorsqu’un journaliste enquête, documente ou interviewe, il est souvent accompagné d’un photographe. Lorsqu’il fait le portrait d’un acteur culturel passionné, lorsqu’il dénonce une injustice ou s’immerge dans une autre réalité, il a besoin d’une image qui soit plus qu’une illustration de son texte, d’une image qui fait sens, qui dise ce que les mots, aussi puissants soient-ils, ne sauraient expliquer.

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Je me souviens d’une photo prise en 1993 par Kevin Carter au Soudan. On y voit un enfant en train de mourir de faim, recroquevillé sur lui-même. Derrière lui, un vautour semble attendre son repas. L’image a choqué, dérangé. Elle dénonce instantanément l’attitude du monde occidental envers un continent, l’Afrique, dont il ne se préoccupe guère s’il n’y voit pas un intérêt supérieur.

Ne pas sacrifier la qualité

Le photojournalisme a son festival. Il s’appelle Visa pour l’image et a lieu chaque fin d’été à Perpignan. Mais à l’heure où la presse de qualité fait face à la plus grande remise en question de son histoire, le photojournalisme de qualité est trop souvent sacrifié. Pour beaucoup de rédaction, économiser sur le budget iconographique est une facilité. C’est aussi une erreur. A l’heure de l’omniprésence des images, des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu qui montrent tout et n’importe quoi, les photographes-journalistes sont plus essentiels que jamais.

Conscient des mutations auxquelles sa profession doit faire face, Olivier Maire a choisi de profiter des 20 ans de son studio, à Bramois, pour célébrer le photojournalisme romand. Cela se passera le 18 mai dans trois lieux de la bourgade valaisanne. Il y exposera plusieurs de ses travaux, notamment sur les stations de ski abandonnées et les vignobles. Dans son Studio 54, il montrera des clichés de 28 confrères et amis. Dont Eddy Mottaz, photographe du Temps avec qui j’ai souvent eu le plaisir de travailler – il est dernièrement parti dans les ruelles de la Vieille-Ville de Genève tirer le portrait d’un autre photographe, Olivier Föllmi, et je les ai perdus. Cette chronique, dans sa version imprimée, n’a pas de photo. Mais je sais que sans photo, la plupart de mes articles seraient moins lus, auraient moins de sens.


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