Conférence de conciliation

Il faut que #MeToo soit un début et pas un aboutissement

OPINION. La vague de dénonciations publiques des violences subies par les femmes est sans précédent. Pour un véritable changement, il faudra pourtant aller au-delà

Les histoires se suivent et se ressemblent. On y devine à chaque fois la honte, l’humiliation, la souffrance et la peur. Des sentiments qui emprisonnent dans un ressassement lancinant. Pourquoi moi? Ai-je provoqué? Aurais-je pu l’éviter? Des questionnements sans fin qui finissent par murer les victimes dans le silence, là où l’oubli semble à portée. Ces récits de femmes victimes de harcèlements divers et d’agressions sexuelles qui se succèdent depuis des semaines me donnent le vertige et la nausée.

Et pourtant, pour avoir étudié la criminologie, je connais les statistiques: chaque jour, dans notre pays, la police enregistre en moyenne trois agressions sexuelles à l’égard d’adultes, le terme d’agression sexuelle se référant aux viols et aux contraintes sexuelles, c’est-à-dire un comportement analogue aux actes, en usant de menace ou de violence.

Le courage des victimes

Je sais que ces statistiques n’englobent pas les autres délits sexuels que les femmes subissent. Au travail, dans la rue, dans les parcs et transports publics, au fitness, dans les bars et boîtes de nuit, à la maison. Je sais aussi que seule une infime minorité de toutes ces violences finit par être dénoncée. Je sais, enfin, qu’une moitié des auteurs de viol est condamnée à des peines avec sursis ou avec sursis partiel. Sans parler des auteurs impunis de tous les autres actes sexistes qui jour après jour remontent à la surface grâce au courage des victimes.

Comme si cela faisait partie de la vie…

Je crois que dans la succession interminable de révélations que nous connaissons, ce n’est pas tant l’existence de ces phénomènes qui étonne. Ce n’est pas même vraiment leur ampleur, ou pas uniquement, car en creusant bien, nous avons tous de tels comportements en mémoire, comme victime, comme spectateur, comme auteur.

Pour un cas médiatisé de professeur genevois accusé d’abuser de ses élèves, combien de souvenirs, chez chacun (et surtout chacune) d’entre nous, de rumeurs qui circulaient à l’école sur un enseignant, de gestes déplacés du maître de gym, de discours visant à minimiser l’importance de ces actes? Non, ce qui donne le vertige, c’est que nous ne découvrons pas des faits qui étaient restés cachés: nous avions simplement appris à vivre avec comme s’ils faisaient forcément partie de la vie.

Il faut donc, évidemment, que les actes punissables soient punis. Il faut encore davantage que la parole devienne une évidence, et que la vague des dénonciations ne soit pas suivie d’un retour au silence. Et enfin, il faut qu’à l’expression des victimes succède un vrai débat sur nos codes sociaux, pour que la vague #MeToo ne soit pas un aboutissement mais le début d’un vrai changement.

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