Quinze constructions analysées, cinquante infractions relevées. C’est beaucoup. Pourtant, la ligne de défense du président de la commune valaisanne de Bagnes n’a jamais varié: «Je ne peux pas imaginer qu’il s’agisse d’un système.»

Face à ses administrés, Eloi Rossier admet que Verbier, la station phare du Val de Bagnes, a agi dans l’illégalité, «pour répondre à un besoin économique». Mais il reste convaincu de la bonne foi et de l’intégrité de ses édiles, tout juste coupables «d’oublis, de maladresses et de négligences».

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Dans la vallée des chalets, pourtant, des liens d’intérêts manifestes unissent hommes d’affaires et membres de l’exécutif actifs dans la construction. Les acteurs de la promotion immobilière et de la commune se sont unis pour banaliser une pratique qu’ils savaient illégale. Ce large consensus n’a pas suscité beaucoup d’oppositions. Pour le président, «tant que les entreprises de la vallée avaient du travail, personne ne s’est jamais plaint».

Le Service des constructions, la commission des constructions, la commission des architectes, le conseil communal, le secrétaire qui est aussi juriste et enfin le président, tous ont validé des plans qui contenaient différentes infractions. Pire, les travaux réalisés par la suite étaient parfois différents de ceux qui avaient été autorisés. Qu’importe: les contrôles n’ont pas toujours été effectués.

Aux étrangers les plus riches, les architectes ont proposé des résidences secondaires que personne d’autre ne pouvait bâtir – parce que c’était illégal. Pour gagner le maximum d’argent – jusqu’à 30 000 francs le mètre carré construit neuf – les maîtres d’œuvre ont réalisé les rêves les plus fous, creusant de véritables immeubles souterrains sous les chalets de Verbier.

Le fait que certaines de ces constructions soient enterrées limite certes l’atteinte au paysage. Mais elles constituent une concurrence déloyale et une injustice, puisque seuls les initiés du «système Verbier» pouvaient se permettre de tels dépassements. A Verbier, la loi n’était pas la même pour tous.

Les Bagnards pourront sanctionner ces dérives lors des prochaines élections communales. La commune, elle, doit prononcer des amendes exemplaires, pour signifier sa rupture avec l’ère du copinage et du mépris des lois.