Revue de presse

Il faut sortir de la «stérilité» après ces nouvelles élections espagnoles

A droite comme à gauche, les médias espagnols insistent sur l'urgence de retrouver une crédibilité politique. Selon eux, la victoire de Mariano Rajoy et du PP doit maintenant aboutir à une coalition capable de sortir le pays de l'impasse gouvernementale

Alors que le pays a surtout les yeux tournés vers le Stade de France où la Roja doit affronter ce lundi soir à 18h la Squadra Azzurra dans un huitième de finale de l’Eurofoot qui sent la poudre, les conservateurs ont donc remporté dimanche les élections législatives en Espagne, mais toujours sans majorité suffisante.

Devant les socialistes, qui ont résisté à la coalition dirigée par le parti anti-austérité Podemos, celui que le journal ABC qualifie de «mouvement fasciste», voire «caudilliste». Alors «maintenant plus que jamais», clame le PP; «hégémonie renforcée à gauche», triomphe le PSOE. A croire que tout le monde a gagné.

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Les unes de la presse sont toutefois parfaitement claires: voici une deuxième chance pour le président Rajoy, qui sort renforcé de ce scrutin face à une gauche affaiblie qui, elle, perd du terrain. Si le PP l’a emporté, c’est qu’il a «modifié ses arguments de fin de campagne», selon El Confidencial, cité par Courrier international, «pour profiter du Brexit». Pari à moitié gagné, donc, pour ce parti qui est au pouvoir depuis 2011 et qui a insisté sur «l’expérience» de ses responsables, «une garantie supposée face aux conséquences incertaines du Brexit, alors que les trois autres – Pedro Sánchez (Parti socialiste, PSOE), Pablo Iglesias (Podemos) et Albert Rivera (Ciudadanos, centre droit) – n’ont jamais eu de hautes responsabilités politiques».

De plus, Rajoy n’a pas cédé aux eurosceptiques, alors que pour le socialiste Pedro Sánchez, «le Brexit était le résultat de la confluence de la droite irresponsable et du populisme», expliquait La Vanguardia. Reste qu’aucun candidat n’obtient la majorité nécessaire pour gouverner, que le PP «brandit la menace d’un troisième scrutin car il n’envisage toujours pas d’alliance, et que Pedro Sánchez annonce qu’il ne permettra pas que les populistes gouvernent le pays»: c’est ce qu’assure le site El Español, dans lequel le leader de Ciudadanos, Albert Rivera, soutient que la solution passe par une grande coalition, «à l’allemande», entre le PP, le PSOE et Ciudadanos.

Retrouver la stabilité

El País insiste, ce lundi: «La priorité absolue est maintenant de former un gouvernement, un exécutif stable», même si «la victoire est triste et le scénario désolant» avec «des socialistes renvoyés dans l’opposition». Il faut donc «des solutions», pour ne pas revenir «à la stérilité» des élections de décembre 2015 ni se laisser aller à «l’irresponsabilité» d’un troisième scrutin. Le quotidien de centre gauche dit continuer «à croire qu’un départ de Rajoy faciliterait ce processus». Par ailleurs, les socialistes doivent se repositionner, en ouvrant «un véritable processus de réflexion et de restructuration pour aborder les questions de fond qui menacent leur survie». Au bout du compte, «nous avons besoin d’un gouvernement qui réponde aux besoins des citoyens et soit crédible à l’interne comme vis-à-vis de nos partenaires européens».

Aux yeux d’El Mundo, journal situé à droite, tous les rivaux de Rajoy «arrivent à peine à sauver les meubles», et Podemos paie le prix de son «arrogance». Les semaines à venir seront aussi «très compliquées pour le PSOE, qui doit convoquer un congrès». La solution passe donc par un changement d’attitude: l’abandon du veto qu’avait mis Ciudadanos à une alliance avec le PP pour gouverner au centre droit. «Les résultats de ces élections n’effacent pas le scénario d’ingouvernabilité»: il faut donc que les leaders de droite adoptent «une logique de responsabilité». Avec Rajoy comme président: c’est «la règle d’or de la démocratie». Un accord est «urgent», renchérit La Vanguardia.

Pas de «sorpasso»

Selon El Punt Avui, Ciudadanos, par son incohérence et sa démagogie, n’a réussi qu’à enrayer le traditionnel bipartisme espagnol et «sa pourriture congénitale», avec «un PP et un PSOE qui parviennent à siphonner leurs dernières voix». De quoi déjouer le tant attendu et tant commenté «sorpasso», le dépassement historique d’un parti par un autre en Espagne. En l’occurrence, le PSOE, la formation centenaire qui n’a finalement pas été «surclassée» par Podemos.

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