#BruissementsDigitaux

Il faut toujours régler ses comptes avant l’été

Notre chroniqueur fouille les circonvolutions du Net politique et des politiques sur le Net

L’été est une saison rebutante. Il dénude les corps et obstrue les pores. Il entraîne dans son sillage l’apparition de pilosités saugrenues et de peaux grasses qui libèrent leurs odeurs corporelles nauséabondes. L’été, synonyme d’abandon niais dans les vagues qui nous pourlèchent, de lâcher-prise lascif des dépenses, de fuite vers l’ailleurs. Je ne sais pas, disons l’Italie au hasard, cette délicieuse contrée où le ministre genevois des Finances Serge Dal Busco a décidé d’émigrer.

Avant de s’en aller, la parole du démocrate-chrétien s’est libérée. Le magistrat s’est fendu, samedi soir sur Facebook, d’une interminable liste à la Prévert consistant à aligner les grands projets, évidemment trop onéreux, qu’avait son gouvernement sur la table. Quelle audace! Quel toupet – alors que nous ne souhaitions que profiter de la fraîcheur du Rhône et des promesses artificielles de l’aube – de venir nous rappeler que le porte-monnaie de l’Etat n’est pas extensible. Merci pour ce moment.

Serge Dal Busco a pris sa petite plume numérique pour nous signifier qu’il fallait «revenir sur terre» et «arrêter de rêver». On ne pourra pas «faire tout ce que l’on imagine», il faudra donc «faire des choix» qui seront «forcément douloureux», renchérit l’éminence avant de conclure par un courageux «bon été à tous», aux allures de «démerdez-vous» distingué. Ce serait si impoli de ne pas lui répondre.

Commençons par le médium choisi pour s’exprimer. Facebook? Sérieusement? Une erreur. Celle d’un magistrat inapte à délivrer son message dans un cadre collégial et institutionnel, laissant transparaître son incapacité à récolter le soutien de ses collègues. Ou pire. Celui d’un magistrat, bâillonné et aphasique, qui laisserait suinter ses rancœurs sur le réseau social.

Plus grave encore. Serge Dal Busco estime que c’est aux autres de faire des choix. Si l’édile a techniquement raison – au parlement d’approuver ou pas ses budgets –, l’image qu’il donne est catastrophique. Celui qui pleure, qui prévient, qui menace, propos nichés entre lamentations et apitoiements.

Alors certes, l’amicale des vieux donneurs de leçons, aux allures de gestionnaires-apothicaires, monocle sur l’œil gauche, la plume sur le cahier des comptes, le saluera à gorge déployée. Pour ma part, aux termes «douleur, choix, rappel, prudence, espoirs douchés», je voudrais entendre: «solutions, ingéniosité, audace, avenir».

Un gouvernement gouverne, il ne sermonne pas. Bon été.

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