Il y a un job ingrat à prendre à Berne. C’est le genre d’activité qui ne vous assure aucune gloire et pourtant il sera crucial d’avoir la bonne personne aux commandes. La Suisse a besoin d’un secrétaire d’Etat au numérique. Plusieurs personnes essaient d’œuvrer dans l’ombre ou en pleine lumière, comme le conseiller national Fathi Derder, pour faire avancer ce dossier. Avec un certain succès, puisque le Conseil fédéral a adopté le mois dernier une stratégie dans le domaine. Pour l’instant sans moyen et sans général pour la mener, c’est un pas dans la bonne direction mais ce n’est qu’un début.

La Suisse a été prise par surprise par la numérisation de la vie de tous les jours. Elle aurait pourtant dû être une des nations les plus préparées à cela, en raison notamment de son rang dans les classements de compétitivité. 2015 restera pour les autorités l’année de leur grande impuissance face à la décision souveraine de la BNS de mettre fin au rattachement du franc suisse à l’euro. 2016 pourrait être celle où ces mêmes autorités se rendent compte qu’elles peuvent faire autre chose que d’assister à l’accélération du monde. La digitalisation imprègne et révolutionne chaque pan de la vie, il est temps que le politique s’en mêle.

Parmi les objectifs de la stratégie numérique de la Confédération, il est relevé qu’il faudra mettre au programme la numérisation de l’Etat. Bien! Mais il est dommage que Berne ne voit pas qu’il faudra aller plus loin qu’une simple mise à jour de son administration, comme on le dit d’une application. Là, c’est le système d’exploitation tout entier qu’il faut créer, car la quatrième révolution industrielle bouscule toute la société. Pas besoin toutefois de partir d’une simple feuille blanche, la plupart des Etats développés ont pris une considérable avance sur nous. C’est le cadeau de consolation des derniers, ils peuvent voir ce qui a fonctionné – ou pas – chez leurs compétiteurs.

Signe qu’il faudra plus qu’une sensibilisation, les politiciens suisses apparaissent pour la plupart d’entre eux comme étrangers à la thématique. Ou alors ils ne s’intéressent qu’à ses conséquences immédiates sans percevoir le changement de paysage bien plus profond en train de s’opérer. Pour l’instant, Berne a prévu une stratégie mais pas de poste de secrétaire d’Etat. Certes, il est plus facile de nommer un haut fonctionnaire quand il s’agit de protéger des intérêts attaqués, comme lorsque des places financières concurrentes ont décidé de mettre fin au secret bancaire. Mais cette fois, personne ne va nous faire le reproche de nous être endormis à propos du dossier le plus important de ce début de siècle. A la Suisse donc de se réveiller et seule la nomination d’une personnalité hors norme permettra de se donner les conditions d’entreprendre, d’innover et de continuer à prospérer à l’ère de la numérisation. 

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