Il faut un plan d’action global pour les réfugiés syriens

Il n’est pas étonnant que la récente proposition du haut-commissaire pour les Réfugiés, Antonio Guterres – il a demandé aux pays industrialisés d’accorder l’asile à 130 000 réfugiés syriens ces deux prochaines années –, soit restée sans réponse. C’était soit trop, soit trop peu. Trop compte tenu des taux de chômage ou des impératifs de sécurité des pays d’accueil. Trop peu par rapport au nombre total des réfugiés syriens.

Mais les réticences des Occidentaux ne changent rien à une réalité incontournable. L’Europe, aujourd’hui, est confrontée à une arrivée massive et incontrôlée de migrants et de réfugiés que rien ne semble arrêter. Or cet afflux répond à deux problématiques bien distinctes: un afflux d’origine sud-saharienne par la Libye et un afflux de Syriens empruntant, parfois, mais pas toujours, la même voie.

Ces deux problématiques exigent deux approches différentes. Pour l’afflux par voie maritime, cela présuppose une politique de secours en mer qui n’encourage pas d’autres départs, la répression des réseaux de passeurs et la gestion accélérée de l’accueil, du transit et du rapatriement pour ceux qui ne sont pas des réfugiés.

L’afflux de réfugiés syriens exige en revanche une autre approche. Certes, si ceux qui arrivent en Europe sont bien des réfugiés, ce ne sont pas des réfugiés en quête d’asile mais des réfugiés qui bénéficient déjà d’un asile dans les pays limitrophes de la Syrie et qui cherchent à améliorer leur sort. Ainsi, on assiste à un nouveau phénomène: le réfugié émigrant.

Face à cet afflux qui se chiffre à 134 585 arrivées en 2014 et qui ne cesse d’augmenter, «l’Europe» n’existe pas.

Il y a d’abord les pays de transit, l’Italie, la Grèce et l’Espagne, aux économies faibles et aux administrations apathiques, où la plupart des migrants ne veulent pas rester et qui sont parfaitement contents de les voir quitter leur territoire à destination d’autres pays européens. Il y a ensuite les pays qui ne sont pas concernés: Croatie, Roumanie, Slovaquie, Estonie, Pologne et d’autres, qui ne font partie ni du problème, ni de la solution.

Finalement, il y a les principaux pays de destination, à savoir la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la Hollande, le Danemark et la Suède, les seuls directement concernés et qui doivent répondre à cette interrogation: sont-ils prêts à assumer la responsabilité d’un véritable transfert de population depuis la Syrie vers l’Europe? Et s’ils ne le sont pas, ont-ils compris que ce n’est pas avec des demi-mesures que l’on arrivera à un résultat?

Ce qu’il faut alors, c’est un plan d’action globale pour les réfugiés syriens. Ce plan ne devrait pas se focaliser sur la question de savoir si un Syrien est un réfugié ou non. Il l’est, un point c’est tout. La seule question à se poser c’est: où doit-il trouver l’asile?

L’afflux spontané de Syriens en Europe, tel qu’on l’observe aujour­d’hui, favorise uniquement ceux qui ont les moyens de se payer un passeur. Il convient donc de stopper l’afflux spontané de réfugiés, lesquels devraient automatiquement faire leur demande d’asile depuis un pays limitrophe de la Syrie.

En échange, ces pays limitrophes devraient bénéficier de quotas de réinstallation qui soient à même de les libérer de l’excédent démographique qu’ils supportent (au Liban, notamment, les réfugiés syriens représentent un quart de la population). En d’autres termes, les pays occidentaux, mais aussi d’autres pays du monde arabo-musulman, devraient accepter d’accueillir des quotas importants de réfugiés syriens.

Certes, ce processus existe déjà, mais il convient de l’étendre et dans la bonne direction aussi. Or, parmi la liste des 26 pays qui à ce jour ont accepté de prendre 67 000 réfugiés syriens à partir des pays limitrophes, ne figure pas un seul pays arabo-musulman. Ce qui revient à dire que, quand il s’agit de financer un conflit ou des ONG islamiques, les régimes du Golfe sont bien présents. Mais, lorsqu’il s’agit d’accorder l’hospitalité à leurs frères arabo-musulmans, l’Arabie saoudite, les Emirats et le Qatar, sans parler de l’Algérie ou de la Malaisie, sont aux abonnés absents. Car, enfin, la crise syrienne est un problème arabe, se déroulant dans le monde arabe et alimenté en armes et en fonds par les différents courants politico-religieux du monde arabo-islamique.

Dans ce contexte, la vocation de l’Europe n’est pas de servir de déversoir aux problèmes du monde arabe. Ainsi, à l’instar de ce qui s’est fait pour les «boat people» du Vietnam, il conviendrait à un consortium de pays européens de demander au secrétaire général des Nations unies de convoquer une conférence internationale qui, en adoptant un plan d’action globale pour les réfugiés de Syrie, mettrait en évidence les devoirs et les responsabilités des uns et des autres.

Alexandre Casella est un ancien directeur au HCR, où il a servi pendant 20 ans. Il a été ensuite représentant à Genève du Centre international pour le développement des politiques de migration

Quand il s’agit d’accorder l’hospitalité à leurs frères arabo-musulmans, les pays du Golfe sont aux abonnés absents

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