Le rapport Hutton, beaucoup de bruit pour rien? Le verdict du juge ne surprend que ceux qui pensaient qu'un austère magistrat britannique, tout juste retraité de la chambre des lords, allait dépasser son strict mandat pour mettre en cause les institutions de son royaume.

Certaines des conclusions de Lord Hutton sont incontestables. Comment ne pas être surpris par la légèreté avec laquelle le journaliste d'investigation Andrew Gilligan a conduit son enquête, négligeant de prendre des notes circonstanciées, puis diffusant depuis chez lui, sans script, sans vérification interne, un reportage en direct contenant des accusations d'une gravité extrême envers le chef du gouvernement. Comment ne pas suivre le juge dans sa condamnation de la hiérarchie d'une institution, par ailleurs vénérée à raison dans le monde entier pour la rigueur et la richesse de son travail d'information, qui s'est enferrée bille en tête dans un combat de coqs avec le gouvernement, sans prendre la peine de s'assurer de la véracité des allégations de son reporter. La BBC était le dernier endroit où l'on pouvait imaginer pareils manquements professionnels. C'est un coup de plus au crédit des journalistes, après les affaires du New York Times et de USA Today.

Bien sûr, la BBC a eu raison de soulever la question de la validité des renseignements contenus dans le fameux dossier irakien de septembre 2002. Plus le temps passe, et plus il donne raison, en gros, à ceux qui pensent que le prétexte des armes de destruction massive n'était rien de plus que cela. La faute de la BBC est d'avoir péché dans le détail. En l'occurrence, c'est une faute capitale, c'est le détail qui tue, qui ruine tout le sujet, et discrédite l'ensemble de la «Beeb». Reconstruire sa réputation est désormais sa tâche prioritaire.

En revanche, il est permis de considérer avec un certain amusement le juridisme étroit, qui confine à la naïveté, du juge Hutton lorsque celui-ci affirme qu'il n'y a pas eu de stratégie visant à jeter le Dr Kelly en pâture à la presse, afin de coincer la BBC. Il est probablement le seul à penser ainsi.

Lavé de tout soupçon de mensonge par le juge Hutton, Tony Blair va chercher à tirer le bénéfice maximum de cette semaine cruciale qu'il a, en grand spécialiste du rebond, traversée sans trébucher. Mais il s'induirait lui-même en erreur s'il pensait que l'affaire irakienne est close. Même Lord Hutton a évoqué le besoin d'une enquête sur les raisons qui ont poussé la Grande-Bretagne à faire la guerre à Saddam. Car, en Irak, il n'y a toujours pas d'armes de destruction massive à l'horizon. Si la BBC a dû admettre sa faute, Tony Blair pourrait, un jour, devoir reconnaître son erreur.

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