Le Conseil fédéral peut déjà refermer les cartons. Rien ne pourra sauver l’accord institutionnel avec l’UE. Qui peut encore croire que le Conseil fédéral soit à même de ressusciter un contrat avec l’UE en état de mort clinique? Et dont manifestement il ne veut pas, après l’avoir abandonné aux critiques et aux mauvais coups durant trois ans. D’anciens conseillers fédéraux, Pascal Couchepin (LT du 30.04.21), Joseph Deiss, Arnold Koller, ont certes appelé à soumettre le texte déjà négocié avec Bruxelles aux Chambres fédérales, moyennant quelques modifications. Puis à laisser le dernier mot au peuple. S’il s’agit de permettre au gouvernement et au parlement de se sortir de la mauvaise passe à laquelle ils ont contribué, pourquoi pas? On laissera ainsi aux électrices et électeurs la responsabilité d’enterrer le traité. Car trop de dégâts ont été commis, à Bruxelles et en Suisse, pour permettre d’envisager une issue positive.

«Pas la fin du monde»

Pour gagner une votation fédérale, il faut en effet réunir plusieurs conditions: une perception claire des enjeux, un climat favorable, un leadership politique, la capacité de mobiliser les foules. Aucune de ces exigences ne se présente aujourd’hui favorablement. En déclarant dans une interview que «Ce n’est pas le moment de spéculer sur un plan B… Le Conseil fédéral doit se préoccuper sérieusement du scénario d’une interruption des négociations… Mais ce ne serait pas la fin du monde», le coprésident du PS, Cédric Wermuth, a déjà relativisé les conséquences d’un échec. S’agissant du climat politique, le Conseil fédéral et les partis politiques portent la responsabilité d’avoir laissé s’installer durant trois ans une atmosphère de méfiance et de rejet de l’UE. Comment s’allier avec une Union européenne présentée au mieux comme un adversaire auquel il faut tordre le bras? Les comptes rendus devant les commissions parlementaires de la visite du président de la Confédération, Guy Parmelin, auprès de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ont encore dramatisé la relation. Cette semaine, le Blick a ainsi jeté de l’huile sur le feu en titrant: «C’est comme ça que les négociateurs de l’UE ont menti». Citant une source suisse anonyme, le quotidien explique que «le mensonge fait partie de la tactique de négociation de l’UE» et que Bruxelles cherche discrètement, en fait, à faire adhérer la Suisse à l’EEE. Des confidences destinées surtout à nourrir une opinion publique déjà peu favorable à l’UE.