éditorial

La faute et son poison

La démission de Philipp Hildebrand était devenue inévitable.

La démission de Philipp Hildebrand est le prix d’honneur qu’un banquier central doit payer lorsqu’il arrive à la conclusion que sa crédibilité est définitivement compromise. La surprise n’est pas totale. Le président de la BNS a compris qu’il ne parviendrait pas à convaincre que «sa bonne foi» est la seule vérité exigible. Il subsistera toujours un doute sur le fameux ordre bancaire donné oralement par sa femme pour acheter des dollars. Tout soupçon aurait été levé s’il avait, dans les plus brefs délais, exigé la revente de ces mêmes dollars. Il ne l’a pas fait. C’est sa faute, elle n’est pas pénale mais morale, mortelle au plan politique.

Si rien ne nous permet de mettre en question la sincérité de Philipp Hildebrand, lui-même et le système mis en place par l’institution témoignent plus simplement d’une imprudence qui devenait au fil des jours impossible à justifier, de pratiques privées incompatibles avec le statut particulier d’un gouverneur central. Lorsque Philipp Hildebrand évoque le regard des autres qu’il allait devoir affronter ces prochains jours, on devine son inquiétude légitime. Comment être incontesté, défendre une rigueur éthique et se comporter, à titre privé, en spéculateur qui ignore le risque de conflits d’intérêts? Lui qui connaît bien le rigorisme anglo-saxon pour y avoir été soumis n’a pas pris au sérieux les principes de bonne gouvernance, une attitude encore trop ancrée dans ce pays.

La Suisse perd un homme de valeur, le seul relais avec le G20 et ses forums. La Banque nationale, elle, s’en remettra car sa réputation ne tient pas qu’à ses représentants mais bien davantage à la cohérence de ses actes concrets et à son indépendance résolue face au pouvoir politique et économique.

Christoph Blocher remporte, lui, une double victoire, personnelle et politique. Personnelle, car il atteint son but en démontrant qu’il est l’homme qui ose s’en prendre au pouvoir, quelles que soient les critiques. La victoire politique est plus ambiguë. La noblesse du chef de l’UDC serait authentique si elle ne masquait pas une instrumentalisation qui annonce un combat féroce à l’égard des institutions et des personnalités de ce pays.

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