Opinion

Faut-il chercher à provoquer l’anxiété?

OPINION. Quand c’est notre civilisation et nos valeurs fondamentales qui sont en péril, il faut être ignorant ou vieil égoïste pour ne pas se sentir bouleversé, écrit le Prix Nobel de chimie Jacques Dubochet

C’était au début d’août. Quatre cent trente jeunes activistes du climat venant de 38 pays européens ou proches se sont retrouvés dans les locaux mis à disposition par l’Université de Lausanne pour la réunion Smile («Summer meeting in Lausanne Europe»). Tous étaient associés au mouvement Grève du climat lancé à peine une année plus tôt quand Greta Thunberg est allée s’asseoir devant le parlement suédois pour protester contre l’inaction des dirigeants face à la crise climatique. Rien n’est plus fort qu’une idée juste arrivant au bon moment. La déferlante des jeunes pour le climat s’avère être un phénomène mondial, extraordinaire et puissant.

Durant la semaine Smile, les participants ont beaucoup travaillé à la suite de leur action et sur les moyens de la renforcer et de la poursuivre. Une partie du travail se faisait en atelier. J’ai participé au groupe intitulé Anxiété. J’y suis allé parce que je pensais que nous parlerions de communication avec le public. Faut-il chercher à provoquer l’anxiété? Faut-il que chacun «s’empanique» face à la situation dramatique à laquelle nous sommes tous confrontés? J’y allais avec un parti pris: «Non, il ne faut pas cultiver la panique, mais oui, il faut connaître la situation et savoir que l’on peut la maîtriser si on y met le paquet.»