Cela a commencé avec la vogue du look suisse et du tee-shirt rouge à croix blanche. Cela se poursuit par un intérêt renouvelé des partis, à la veille des élections fédérales, pour les discours de 1er Août et le patriotisme. Etre Suisse n'est plus vaguement ringard. C'est au contraire réconfortant, cela peut même tenir lieu d'image électorale, voire d'un petit bout de programme.

Mais être Suisse, qu'est-ce que c'est exactement? La question est aussi ancienne que la Suisse moderne et elle reste ouverte, comme le démontre le débat qui s'est déchaîné outre-Sarine sur la question des naturalisations par le peuple et la décision du Tribunal fédéral de les mettre hors la loi.

Ce débat oppose les droits populaires à l'orthodoxie constitutionnelle, le bon sens des citoyens à la sagesse des juges. Mais il porte aussi sur la nature de l'acte par lequel un pays confère sa nationalité: formalité administrative sanctionnant l'adéquation à une série de critères? Ou véritable adoption, résultant d'un désir réciproque et de la volonté d'adhérer à des valeurs communes?

De nombreux pays vivent sans difficulté avec la première formule. Seule la seconde a longtemps été jugée compatible avec l'exception suisse et capable d'entretenir le miracle permanent constitué par la survie au milieu d'une Europe déchirée par les nationalismes d'une Confédération dont les citoyens parlent des langues et ont des affinités culturelles différentes.

Dans l'Europe tant bien que mal unie d'aujourd'hui, devons-nous toujours craindre de voir s'éteindre le miracle? C'est la question posée en filigrane par la controverse sur les naturalisations, moyen d'intégration pour les uns, consécration d'une adhésion consommée aux valeurs nationales pour les autres. Et on retrouve cette même crainte, toujours dans le rôle du frein, derrière le débat sur la neutralité et, plus en général, sur le degré d'ouverture de notre pays – à l'ONU, à l'Europe, aux migrants. Si le regain actuel du patriotisme signifiait que nous sommes désormais prêts à nous concevoir une identité moins inquiète, il apporterait donc une sacrément bonne nouvelle.

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