Editorial

Faut-il avoir peur de la Russie?

Les démonstrations de force de Vladimir Poutine ont de quoi inquiéter mais le maître du Kremlin n’a pas les moyens de s’embarquer dans une nouvelle course aux armements qui avait provoqué la chute de l’Union soviétique

Le président russe Vladimir Poutine ne perd pas une occasion de bander les muscles. Dernière démonstration de force: la présentation d’un nouveau missile nucléaire. Cet engin, opportunément surnommé «Satan II» par l’OTAN pourrait à l’avenir anéantir un pays grand comme la France. On se croirait revenu à la Guerre froide. Depuis la chute du mur, les relations entre les Occidentaux et la Russie n’ont jamais été aussi exécrables. Washington et Moscou se livrent une guerre par procuration en Syrie, où les deux puissances soutiennent des camps opposés. Le risque de dérapage est permanent.

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Sauf que la Russie n’est plus que l’ombre de la superpuissance que fut l’Union soviétique. Son PIB, criblé par les sanctions internationales, est à peine plus important que celui de l’Espagne. A part des hydrocarbures et d’autres matières premières ainsi que des armes, l’immense Russie n’exporte pas grand-chose. La croissance démographique est elle aussi en berne. Elle est de plus en plus isolée, comme en témoigne son éjection vendredi, à la surprise générale, du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. En dépit de ses coups de menton, Vladimir Poutine devrait le savoir: il ne peut s’offrir une ruineuse course aux armements. Un exercice qui avait précipité la chute de l’URSS.

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Les postures martiales sont aussi à usage à interne. L’ancien agent du KGB, qui a indéniablement redressé son pays après le chaos post-soviétique, sait aussi parfaitement jouer sur la nostalgie de grandeur russe, son orgueil blessé et attiser le sentiment ses compatriotes d’être assiégés par l’OTAN.

A regarder la télévision aux ordres du Kremlin, la guerre a déjà commencé. L’opinion publique russe est chauffée à blanc. Les alliés les plus extrémistes de Poutine prévoient une troisième guerre mondiale en cas de victoire d’Hillary Clinton. Moscou ne cache pas son aversion pour l’ancienne secrétaire d’Etat, alors que l’administration américaine accuse les hackers de Poutine d’être derrière les révélations de Wikileaks visant la candidate démocrate.

A tel point que Vladimir Poutine s’est imposé comme un thème majeur de la campagne américaine. Faut-il être plus intransigeant, comme le pense Hillary Clinton? Ou travailler avec la Russie, objecte Donald Trump. Quitte à passer l’éponge sur ses récents coups de force en Ukraine ou en Syrie. Une réalité est inévitable. Après le départ de Barack Obama, qui regardait vers l’Asie par-delà le Pacifique, le futur ou la future locataire de la Maison blanche devra s’atteler aux défis posés par Poutine. Il y aura urgence, car, pendant ce temps, le joueur d’échecs du Kremlin continue d’avancer ses pions.

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