Emmanuel Kant jugeait que le mensonge était moralement répréhensible en toutes circonstances, y compris lorsque dire la vérité mettrait la vie de quelqu’un en danger. Cette position radicale du sage de Könisberg est bien connue, mais on sait moins qu’elle s’accompagnait d’une réflexion théorique sur l’impossibilité du mensonge universel. Si tout le monde ment tout le temps, en effet, il n’y a plus aucun intérêt à mentir. Mais surtout, si aucun signal ne peut plus être considéré comme fiable, c’est la structure même de nos systèmes de communication qui s’effondre. Non seulement il n’y aurait alors plus d’échanges et plus de confiance possibles, mais on ne pourrait plus rien apprendre, plus rien croire, plus rien connaître. Par conséquent la culture et la société n’existeraient pas, et on peut se demander quel genre de créatures nous deviendrions.