Opinion

Les faux libéraux à l’assaut de l’écologie

OPINION. Loin de conduire à la tyrannie des «Khmers verts», la régulation appropriée des ressources et leur partage consolident au contraire la démocratie, estime le professeur d’histoire Grégoire Gonin

«Marxistes verts», «écofascisme», «ayatollahs de l’environnement», «hystérie» ou «dictature climatique»: à l’approche des élections fédérales, la droite anti-étatiste multiplie les qualificatifs pour disqualifier l’écologie au nom des sacro-saintes libertés individuelles, convoquées dans un réflexe quasi pavlovien. Il y a urgence à dénoncer une mystification intellectuelle et une imposture historique, à défaire un amalgame sémantique et à prôner une régulation en faveur de l’ensemble du vivant.

En ce bicentenaire de la Liberté des Anciens comparée à celle des Modernes de Benjamin Constant, le libéralisme a triomphé d’une «gauche» déconfite puisque, elle aussi, majoritairement acquise à la croissance. Un certain socialisme terrassé, l’hydre étatique renaîtrait-elle à travers le mouvement écologiste? Dans sa somme L’âge productiviste (2019), le philosophe Serge Audier montre que la néolibérale Société du Mont-Pèlerin fait dès 1990 de l’écologie politique son nouvel adversaire. Créé en 2003, le logiciel Smartvote oppose à juste titre sur l’un de ses quatre axes «politique économique libérale» et «forte protection de l’environnement». Les marches estudiantines et citoyennes – un «péril vert» – attisent à leur tour cet antagonisme.