«Marxistes verts», «écofascisme», «ayatollahs de l’environnement», «hystérie» ou «dictature climatique»: à l’approche des élections fédérales, la droite anti-étatiste multiplie les qualificatifs pour disqualifier l’écologie au nom des sacro-saintes libertés individuelles, convoquées dans un réflexe quasi pavlovien. Il y a urgence à dénoncer une mystification intellectuelle et une imposture historique, à défaire un amalgame sémantique et à prôner une régulation en faveur de l’ensemble du vivant.

En ce bicentenaire de la Liberté des Anciens comparée à celle des Modernes de Benjamin Constant, le libéralisme a triomphé d’une «gauche» déconfite puisque, elle aussi, majoritairement acquise à la croissance. Un certain socialisme terrassé, l’hydre étatique renaîtrait-elle à travers le mouvement écologiste? Dans sa somme L’âge productiviste (2019), le philosophe Serge Audier montre que la néolibérale Société du Mont-Pèlerin fait dès 1990 de l’écologie politique son nouvel adversaire. Créé en 2003, le logiciel Smartvote oppose à juste titre sur l’un de ses quatre axes «politique économique libérale» et «forte protection de l’environnement». Les marches estudiantines et citoyennes – un «péril vert» – attisent à leur tour cet antagonisme.