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Un distributeur à «like» dans un centre commercial russe.
© Cheese.konbini.com

Sur les réseaux

De faux «like» russes à vendre en ligne pour booster son compte Instagram

Toute une industrie à usiner de l’amour se développe pour combler la vanité des jeunes Russes. Via des distributeurs automatiques dans les supermarchés

Le grand écrivain russe Nicolas Gogol n’aurait pas été surpris. Dans une version moderne des Ames mortes, on peut désormais à Moscou s’acheter de faux «abonnés» et des «like» pour revaloriser son compte Instagram. Plusieurs distributeurs automatiques sont apparus au début du moins de juin, qui permettent de booster la popularité des utilisateurs du réseau. Pour l’équivalent de 850 francs, on peut s’acheter 150 000 followers bidon qui vont automatiquement dire «j’aime» à chacune de vos publications. Le selfie a ainsi engendré le «self like».

Pour les moins fortunés, qui ont juste un coup de blues et veulent enjoliver leur dernier selfie, un malheureux franc suffit pour obtenir 100 faux «like». Les distributeurs automatiques étant jusqu’ici installés dans des centres commerciaux haut de gamme, c’est plutôt sur le premier type de service que misent ces concepteurs. Le second sert davantage à tester la «réalité» du service.

Lire l'éditorial: L’amour et la haine ont un prix, sur le Net aussi

L’exemple d’Alissa

Le Temps s’est subrepticement approché d’une jeune utilisatrice de l’automate pour vérifier son fonctionnement. D’abord rougissante et récalcitrante, la demoiselle a finalement reconnu s’être offert 500 «like», mais «juste pour rigoler». Nous avons vérifié que ces faux se sont bien ajoutés à la photo d’Alissa au bout de quelques minutes. Déjà très populaire avec pas moins de 5000 abonnés, Alissa (qui publie souvent des photos d’elle en bikini), se défend absolument de vouloir s’acheter de «faux» abonnés: «Ils sont vrais!» assure-t-elle, concédant au passage ambitionner un jour de gagner de l’argent grâce à de la publicité sur son compte. «Beaucoup de gens trichent, c’est ça la réalité», tranche Alissa, qui préfère que son compte Instagram ne soit pas cité pas dans la presse suisse.

Toute une industrie se développe pour combler la vanité en ligne des demoiselles russes. Des sociétés apparues au printemps dernier proposent la location de bouquets gigantesques pour selfies. Pour tout juste 15 francs, on peut ainsi faire croire qu’un riche admirateur vous noie sous les roses:

Derrière ces distributeurs d’un nouveau genre se cache la société russe Snatap. Son directeur, Nazir Ioussifov, explique que le service est encore en mode «beta». Snatap se défend d’utiliser des bots, c’est-à-dire un programme informatique générant des faux comptes à partir desquels sont émis des «like» et d’autres activités. Les sociétés russes proposant des bots pour accroître la popularité sont déjà bien connus et très utilisés au point que leur tarification s’est à peu près standardisée à 200 roubles (3 francs) pour 1000 «like». Mais c’est la première fois que cette activité se matérialise dans la rue et pour tout un chacun.

Les «fermes à trolls»

Snatap affirme faire appel à de «vrais» utilisateurs appartenant à ce qu’on appelle en Russie des «fermes à trolls». Ces utilisateurs sont rétribués pour leur activité, qu’elle soit de nature commerciale (pour augmenter les clics, le trafic et la publicité) ou politique. Car c’est en Russie, plus précisément à Saint-Pétersbourg, qu’est apparue la première de ces «fermes», où des centaines d’employés passent leur temps à écrire ou à «liker» des commentaires pro-Kremlin. Une activité certes cachée, mais qui n’a rien d’illégal et appartient à un groupe d’hommes d’affaires proches du pouvoir russe.

C’est là que se situe la différence entre les âmes mortes de Gogol et les faux abonnés d’aujourd’hui. Ils ne sont plus le fait de petits escrocs profitant d’un système absurde, mais d’hommes d’affaires ayant pignon sur rue.

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