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Un vignoble valaisan.
© Olivier Maire/Keystone

Revue de presse

De faux vins AOC Valais auraient été injectés sur le marché

Le Conseil d’Etat valaisan a communiqué ce lundi sur cette douloureuse affaire, qui a pu être dévoilée après une longue enquête rendue possible par le contrôle accru des produits après l’affaire Giroud

Il n’y a pas que les tonnes de neige qui agitent le Vieux Pays. Car le Conseil d’Etat valaisan vient de dénoncer – ce lundi – un mécanisme laissant supposer un contournement des règles de l’AOC Valais. Selon l’ATS, il a déposé quatre plaintes et se constitue partie civile à la procédure pénale. Il s’agit d’affaires qui ont été dénoncées individuellement au Ministère public cantonal depuis 2014. Mais un lien entre elles a pu être fait après la réforme du système de contrôle des vins. Sont alors apparus les soupçons de l’existence d’un tel mécanisme.

Quelles sont les irrégularités constatées? Elles portent sur plusieurs points: de fausses déclarations au registre des vignes, l’utilisation inappropriée de droits de production, de fausses annonces d’apports de vendange ainsi que la commercialisation de vins étrangers sous l’AOC Valais. Le dossier apparaît donc chargé. A ce sujet, l’Interprofession de la vigne et du vin du Valais (IVV) avait porté plainte en 2015 contre des fraudeurs présumés. Puis le système de contrôle a été réformé en 2016. L’échange d’informations entre les différentes instances de contrôle de l’Etat est devenu possible, ce qui a permis d’identifier les liens entre les différentes irrégularités.

Plusieurs dizaines de milliers de litres

Le soupçon de fraude porte sur plusieurs dizaines de milliers de litres, précise le chef du Service cantonal de l’agriculture, Gérald Dayer. La production valaisanne moyenne est de l’ordre de 38 millions de litres par année. L’Etat avait porté plainte et s’était constitué partie civile en janvier 2017 déjà, pour accéder au dossier pénal et participer à l’instruction, mais le secret de l’instruction ne lui a pas permis de communiquer sur cette affaire jusqu’à présent.

Le Nouvelliste est plus précis dans ses informations. Il écrit notamment que l’encaveur Cédric Flaction, à Saint-Pierre-de-Clages, «est concerné» – «selon plusieurs sources» – et que «l’IVV fait le lien avec sa plainte liée à l’affaire Giroud», puisque les deux hommes sont des proches. L’avocat de Cédric Flaction, Alain Cottagnoud confirme: «Mon client est concerné par cette procédure dont certains faits remontent à 2011 et il les conteste. Par contre, l’attitude de l’Etat […] me choque, car il jette en pâture mon client.»

Lire aussi: les articles du Temps.ch sur l’affaire Giroud

Un argument que ne peut accepter le nouveau ministre de l’Economie, Christophe Darbellay, dans le contexte de cette «première dans l’histoire récente de l’agriculture valaisanne». Il a attendu une année pour «communiquer sur le sujet», et dit le faire maintenant par souci «de transparence dans notre action». «Nous respectons la présomption d’innocence et il n’y a aucune fuite du côté de l’Etat», ajoute-t-il. Une chose est cependant sûre aux yeux du magistrat cité par 20 minutes, «dans le cœur des consommateurs et des Valaisans, c’est impardonnable».

Le quotidien valaisan précise aussi qu'«au moment de l’affaire Giroud, Cédric Flaction avait refusé de commenter, dans Le Matin du 24 mai 2015, sa présence sur les listes des encaveurs concernés par les fausses factures de Dominique Giroud». Selon les informations du média, «des acteurs hors canton seraient également concernés par les plaintes de l’Etat».

Une affaire de communication

Pour dévoiler ces quatre plaintes, le calendrier de l’Etat du Valais et de Christophe Darbellay en a surpris plus d’un. «A quelques heures de l’ouverture» du salon Agrovina, ce mardi, «c’est pas terrible», note un membre de l’IVV. Et «Alain Cottagnoud parle même d’une communication uniquement politique»: «C’est un écran de fumée pour que l’on ne parle plus de l’affaire BCV-Alkopharma.» Reste que pour la Tribune de Genève et 24 heures, il faut appeler les choses par leur nom: «Le négociant en vin valaisan Dominique Giroud et le vigneron Cédric Flaction, dont il est très proche, sont dans le collimateur de la justice valaisanne.»

«De la part d’un canton qui aspire à organiser les Jeux olympiques», cette affaire de fraude sur l’AOC pourrait «faire penser à un geste d’ouverture au monde», mais dans leur commentaire, les deux quotidiens lémaniques jugent que «l’heure n’est pas au cynisme», elle est «à la consternation». Car «quelques individus jettent le discrédit sur un secteur viticole qui s’en serait bien passé».

«Il y a de quoi être écœuré»

Ils rappellent aussi qu’après les dégâts du gel, de la grêle et de la canicule de l’année dernière en Valais, l’Etat avait autorisé à titre exceptionnel des coupages de 10% avec des vins AOC suisses. «Or cette décision a déplu à nombre de vignerons, qui ont dénoncé «un autogoal» de la profession.» Et aujourd’hui «surgit l’image» de ces producteurs-encaveurs «qui allongent leur production avec des vins achetés hors de nos frontières! Il y a de quoi être écœuré.» Reste donc «à espérer une instruction rigoureuse et aussi rapide que possible».

Aujourd’hui, le Conseil d’Etat valaisan met donc sur pied un groupe de travail pour déterminer l’ampleur de l’affaire et ses implications. Il est constitué des services cantonaux de l’agriculture, des contributions et de la consommation. Et l’IVV, de son côté, juge que les faits dénoncés confirment que ses soupçons «étaient bien réels» et que «sa plainte était légitime». Elle avait en effet déjà repéré des infractions contre l’AOC et déposé plainte en 2015 pour concurrence déloyale, faux dans les titres, escroquerie et gestion déloyale.

Ces faux vins AOC injectés dans le marché ont eu pour conséquence de faire baisser les prix, précise l’IVV. L’organisation chiffre à plusieurs dizaines de millions de francs les pertes économiques subies par les 20 000 propriétaires de vignes et 500 caves du canton, qui sont les «premières victimes des tricheurs».

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