La réforme de la péréquation financière est l'un des projets les plus ambitieux de la Suisse moderne. Ambitieux, mais aussi complexe – on modifie 27 articles constitutionnels d'un coup – et, par conséquent, difficile à «vendre» auprès d'une population qui n'en tire pas de profit direct. Plusieurs clés, cependant, permettent de justifier cette réforme.

Premièrement, le système actuel est pervers dans la mesure où, trop souvent, les cantons commandent des projets dont ils envoient ensuite la facture à Berne. C'est notamment le cas dans le domaine routier. Qui n'a pesté contre les aménagements luxueux de certains tunnels décorés comme des salles de bains ou flanqués de lumignons dont la joliesse saute davantage à l'œil que l'utilité? Sur ce plan, la réforme clarifie les rôles. Celui qui commande sera aussi celui qui passe à la caisse. On franchit là un pas important dans la vingtaine de domaines dont la compétence exclusive sera attribuée aux cantons ou à la Confédération. Il faut d'ailleurs regretter que la nouvelle répartition des tâches ne soit pas plus poussée.

Deuxièmement, le projet introduit de nouveaux critères de répartition financière entre les cantons. Au volume fiscal s'ajouteront ainsi les charges liées à la structure de la population et à la topographie. Le résultat est un mode de redistribution des moyens financiers plus équitable que selon le mécanisme en vigueur, qui date de 1959. La gauche fait la fine bouche, parce qu'elle rêve d'imposer la même fiscalité dans chaque canton. Cette solution est cependant utopique: il n'y aura jamais de majorité pour cela en Suisse, les cantons tenant trop à la concurrence fiscale. Troisièmement, la réforme accentue la collaboration intercantonale, ce qui permettra une approche plus rationnelle des équipements spécialisés et des transports collectifs, par exemple.

Est-ce que ça va marcher? Il est difficile de répondre à cette question. Ce qui est certain, c'est que le fonctionnement actuel de l'Etat n'est pas optimal. Il vaut donc la peine de tenter autre chose. Voilà ce qui est en jeu le 28 novembre. Cela ne bouleversera la vie quotidienne de personne. Pas non plus celle des handicapés, dont l'encadrement ne sera pas plus mauvais s'il est confié aux cantons que s'il reste dans le giron de l'assurance invalidité, dont les finances sont au plus mal.

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