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Des torrents de larmes à Melbourne.
© Lukas Koch/EPA/Keystone

Charivari

Federer, la femme qui est en lui

OPINION. Dimanche, le dieu du tennis a gagné et il a pleuré, abondamment. A travers ses larmes et la place qu’il donne désormais à sa famille, le champion laisse parler sa féminité. Et ça lui réussit

Elles ont fait pleurer la terre entière, elles sont gravées à vie. Dimanche, à Melbourne, lorsque Roger Federer a remporté son 20e tournoi du Grand Chelem, il n’a pas versé une larme discrète, aussitôt effacée comme le ferait un lord anglais. Le champion de tennis a versé une rivière de larmes, un torrent qui racontait la joie, la libération après la tension et la sidération devant son propre exploit. Le sportif suisse a pleuré comme un petit garçon. Ou, plus difficile à écrire aujourd’hui, Federer a pleuré comme une femme qui n’a pas peur de ses émotions.

Lire aussi: Federer, la leçon de vie

Un homme qui pleure, c’est beau comme une réparation. Une réponse limpide, fluide à des décennies de patriarcat absurde dans lequel, dès les premières heures de vie, un petit mâle est assigné au stoïcisme musclé, alors que la petite fille doit montrer une certaine fragilité. Depuis une soixantaine d’années, les féministes et la société évoluée combattent ce cliché. Avec des fortunes diverses, puisque, dans l’éducation, consciemment ou non, on encourage toujours les petits garçons à la turbulence et les petites filles à l’obéissance.

Il faut continuer à lutter contre ce schéma imposé par la culture plus que par la nature – la supériorité musculaire du mâle n’explique pas tout – et montrer que force et faiblesse sont démocratiquement partagées entre chaque sexe. Dimanche, Federer n’a pas seulement libéré ses tensions. Il a «smashé» l’idée qui veut qu’un homme qui pleure soit un raté.

Jouer libre, léger

Bien sûr, il y a pleurs et pleurs. Pleurs avant l’exploit, à la place de l’exploit, les pleurs du loser. Et pleurs après l’exploit, les pleurs du vainqueur. Si Federer avait perdu cette finale ou avait été éjecté du tournoi comme Nadal, il aurait peut-être aussi pleuré, mais ses larmes n’auraient pas eu la même saveur. On aurait compati, mais sans trémolo, car on pardonne peu aux héros. Et puis, avec son style de vie ultra traditionnel, on ne peut pas dire que Federer se pose en féministe accompli.

Deux éléments parlent pourtant de sa féminité, dans le sens consacré. D’une part, Federer n’est pas bâti comme un Rambo. Il est relativement fin et petit pour le circuit. D’autre part, quand il est revenu à la compétition après s’être refait une santé, le champion suisse a décidé de jouer libre, léger, et de privilégier des temps de repos avec sa famille. Cet équilibre entre boulot et maison, souvent féminin par obligation, a porté ses fruits. Vingt victoires en Grand Chelem, et un corps qui n’est pas meurtri. Federer a raison d’écouter la femme qui est en lui.


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