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Switzerland's Roger Federer wipes a tear away as he holds his trophy after defeating Croatia's Marin Cilic in the men's singles final at the Australian Open tennis championships in Melbourne, Australia, Sunday, Jan. 28, 2018. (AP Photo/Andy…
© Andy Brownbill/AP/Keystone

Genre

Federer et les larmes du scandale

La toute récente chronique de Marie-Pierre Genecand a mécontenté beaucoup d’internautes sur la page Facebook du «Temps»

C’est un fleuve d’indignation. En ligne dès mardi soir, la chronique Charivari de Marie-Pierre Genecand a fait couler beaucoup d’encre numérique sur la page Facebook du Temps. Pas loin de 200 commentaires, unanimes, ont fustigé les écrits de notre journaliste. Si vous ne l’avez pas encore lue, elle évoque principalement deux éléments: le féminisme et Roger Federer. Un couple d’ingrédients efficace, comparable à celui de l’acide nitrique et de la glycérine pour un résultat explosif.

Ne restait plus que l’étincelle pour que le feu parte. C’est le titre de la chronique qui l’a déclenchée: «Federer, la femme qui est en lui». Un intitulé considéré comme «à côté de la plaque» pour une internaute ou «contre-productif» pour un autre. Ce qui au fond agace le plus, c’est l’interprétation des larmes lâchées au terme du tournoi de Melbourne par le champion. «Federer a pleuré comme une femme qui n’a pas peur de ses émotions», écrit notre chroniqueuse. Pour certains, cette phrase est une «ignominie» et nombreux sont ceux qui rappellent alors: «Les émotions ne sont pas genrées!»

Ils ont raison. Les larmes, aussi intimes qu’elles soient, ouvrent un accès direct au cœur et à l’âme de celui qui s’y abandonne. Elles incarnent l’émotion au sens pur. Elles sont humaines, donc unisexes. Pourtant, longtemps durant, la doxa a considéré qu’elles n’avaient pas leur place sur les joues masculines. «Boys Don’t Cry», chantait désespérément Robert Smith, le rockeur androgyne, en 1979:

Par leurs commentaires, les internautes invoquent un changement de paradigme. «Un homme qui pleure doit-il automatiquement être féminisé? C’est bien, en 2018, de perpétuer l’idée machiste que les hommes ne peuvent pas montrer leurs émotions!» ironise une lectrice.

Les ordres de Platon

Les larmes interdites aux hommes, c’est de l’histoire ancienne. Voire antique, car s’il y a bien une personne que l’on peut pointer du doigt dans cette histoire, c’est Platon. Las de voir les héros de L’Iliade et LOdyssée pleurer à tout va, le philosophe a tapé du poing. Quatre cents ans avant Jésus-Christ, le philosophe établit, dans La République, un projet éducatif élaboré où il somme ses concitoyens d'«ôter les lamentations aux hommes illustres» et de «les laisser aux femmes, et encore, aux femmes ordinaires et aux hommes lâches».

Peu de commentaires s’aventurent toutefois sur le terrain du combat féministe. C’est pourtant bien de cela dont parle la chroniqueuse. Interrogée sur le bien-fondé de ses lignes, elle s’explique: «Ce que j’observe dans cette chronique, c’est que, culturellement, il y a encore aujourd’hui des domaines estampillés féminins comme la démonstration des émotions ou l’équilibre obligé entre famille et travail. Et que c’est en s’appropriant ces domaines que Federer a gagné en efficacité et surtout en plaisir et en sérénité.» Et la journaliste dit encore se reposer sur des observations et dévoiler son opinion.

Un idéal convoité

Dans ce cas, Facebook témoigne d’un idéal convoité par tous: l’égalité des sexes. Mais cette quête ne doit pas obstruer la réalité. Il suffit de citer la Suisse qui ne jouit toujours pas d’un congé paternité, les différences de salaires notables entre hommes et femmes qui existent encore dans notre pays, et pas très loin d’ici, en Irlande, le référendum sur l’avortement qui aura lieu en mai dans ce pays où l’IVG est toujours interdite, même en cas d’inceste ou de viol. Le féminisme est un combat de longue haleine. Ses facettes se révèlent multiples, comme celle, par exemple, exposée dans l’article «Face au sexisme, revoir l’éducation des garçons», publié par Le Temps en début de semaine.

Mais donner un genre aux larmes, ça, ce serait une habitude du passé. L’histoire est cependant cyclique. Avant Platon, Homère avait décrit Ulysse en pleurs une fois capturé par Calypso, quand il regardait l’horizon et espérait bientôt retrouver Pénélope à Ithaque. Des millénaires se sont écoulés depuis, mais on se réfère aujourd’hui encore largement aux écrits de Platon. Une bonne nouvelle doit tout de même être relevée: les héros sont des hommes qui pleurent.

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