Revue de presse

Félix Tshisekedi, nouveau président déjà contesté de la RDC

Les journalistes accrédités à Kinshasa ont attendu douze heures pour connaître le nom du vainqueur. Mais dans le chaos et dans «l’ombre du père», ce résultat apparaît d’ores et déjà comme «historique»

Enfin un résultat! Douze jours après l’élection présidentielle à un tour en République démocratique du Congo (RDC), le candidat de l’opposition Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi, 55 ans et candidat de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a été déclaré vainqueur par la commission électorale à 3 heures locales ce jeudi matin. Il succède à Joseph Kabila, qui était en fonction depuis dix-huit ans et ne pouvait pas se représenter.

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Mais l’autre opposant, Martin Fayulu, 62 ans et coordinateur des Forces acquises au changement, a dénoncé quelques heures après un «putsch électoral» dans une interview donnée à Radio France internationale: «Ces résultats n’ont rien à voir avec la vérité des urnes», a-t-il dit au moment où Tshisekedi déclarait, devant ses partisans réunis à Kinshasa aux premières heures ce jeudi: «Je serai le président de tous les Congolais. Même ceux qui ne m’ont pas élu.» Ces propos sont rapportés par le site Politico RDC, cité par Courrier international.

Bien sûr, il faut encore attendre la confirmation de sa victoire (sous dix jours) de la Cour constitutionnelle, au terme du long processus «qui aura tenu en haleine tout un pays depuis plus de deux ans», commente Cas-infos.ca. C’est «historique», dit ce site, qui raconte «des scènes de liesse»: «Le père n’y est pas parvenu, le fils l’a fait. Pour Félix Tshisekedi, c’est la consécration d’un combat de plus de trente ans. Celui de son père, l’emblématique [ex-premier ministre du Zaïre] Etienne Tshisekedi, décédé le 1er février 2017 à Bruxelles en pleine crise politique. «Je ne me suis pas battu […] pour laisser la place à un autre.» […] Cette place, qu’il a tenté d’arracher à la dictature de Mobutu, puis à Kabila père et fils, reste bien dans la maison Tshisekedi, par le biais de son rejeton.»

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L’opposition, enfin, gagne

L’élu a aussitôt rendu hommage au président sortant, Joseph Kabila, indique Le Soir de Bruxelles: «Aujourd’hui, nous ne devons plus le considérer comme un adversaire mais plutôt comme un partenaire de l’alternance démocratique dans notre pays.» Des propos longuement salués par les «combattants» de l’UDPS. Avant de poursuivre: «Je suis heureux pour vous, peuple congolais. Ce processus, tout le monde pensait qu’il allait déboucher sur les affrontements et les violences, l’effusion de sang. Personne ne pouvait imaginer un tel scénario au cours duquel un candidat d’opposition allait sortir victorieux.»

Durant sa campagne électorale, Tshisekedi s’était rendu à l’intérieur du pays, dans le Congo profond, rappelle le site Mediacongo.net. «Il en est revenu bouleversé, par l’accueil chaleureux qui lui a été réservé, par l’espoir de changement, mais pas seulement»: «Là-bas, les conditions de vie sont terribles. Les gens vivent dans une insécurité, une incertitude totale, leur vie est une loterie. Ma priorité, […] c’est de ramener la paix. […] Cette situation est d’autant plus scandaleuse que le sous-sol de ces régions est incroyablement riche… Revenant de là, je me suis juré de tout faire pour ramener la paix, pour réconcilier le Congo, le mettre vraiment sur la voie du développement.»

La Constitution plutôt que les armes

Belles paroles? A voir… En attendant, «c’est un événement sans précédent en République démocratique du Congo où par trois fois depuis 2016 l’élection présidentielle a été reportée, rappelle Le Point Afrique. La RDC, plus grand pays d’Afrique subsaharienne, vit une double situation historique. C’est la première fois qu’un opposant est proclamé vainqueur d’une élection présidentielle après les deux élections de M. Kabila en 2006 et 2011. C’est aussi la première fois que le président sortant acceptera de se retirer sous la pression de la Constitution et non des armes.» Dans un certain chaos toutefois:

Largement de quoi justifier l’impatience des journalistes accrédités à Kinshasa, qui attendaient le verdict «depuis 15 heures mercredi après-midi, dans une ambiance mêlant tension, stress et impatience», relate le site Actualite.cd. Ce, alors que «le pays n’a jamais connu de transmission pacifique du pouvoir», confirme Politico RDC. Celui-ci témoignait cependant mercredi «du climat de psychose et spéculation régnant dans la capitale avant la proclamation du nom du vainqueur, avec des boutiques et restaurants fermés, des étalages au marché en grande partie vides et des unités entières de la police postées le long des routes», munies de kalachnikovs neuves.

Le «suspense» aura duré jusqu’au bout. La commission électorale, dont la légitimité est très contestée, «avait en effet convoqué la presse à 15 heures, mercredi, avant d’annoncer, en fin d’après-midi, une proclamation des résultats pour 23 heures», raconte Jeune Afrique. Et c’est finalement après avoir annoncé «les résultats des élections provinciales dans 23 des 26 provinces du pays» que le nom de Tshisekedi est sorti vainqueur des urnes. «Un choix qui a provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes exprimant leur surprise, leur impatience, voire leur colère.»

«La consécration»

Difficile, au final, «de dissocier la carrière de Félix Tshisekedi, celui qu’on surnomme «Fatshi», de celle de son père, Etienne, la principale figure de l’opposition pendant près de quarante ans, lui qui a créé l’UDPS en 1982», explique Radio France internationale. Des cadres de son parti avaient contesté sa légitimité politique, «le qualifiant de fils à papa» et «rappelant qu’il a fait sa vie en Belgique, où il est installé depuis plus de trente ans, plutôt que dans les manifestations de l’opposition au Congo. Mais c’est aussi ce lien de sang qui fait sa force, sa popularité […]. Il est réputé plus conciliant que son père» et «c’est la consécration»: «Il est désormais président du Congo.»

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