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Le féminisme qui a porté la grève de vendredi est une réaction de colère

OPINION. Grâce à la grève de 1991, les Suissesses avaient obtenu la loi sur l’égalité. En 2019, nous espérons obtenir, enfin, son application, écrit la députée verte Léonore Porchet

En 2019, les femmes sont encore les travailleuses de l’ombre, mal ou carrément pas payées par une société qui ne montre aucune reconnaissance et aucun respect à celles qui assurent majoritairement le soin des enfants, des malades et des personnes âgées.

Parce que ce travail de soin indispensable et vital n’est pas considéré comme productif ou créateur de valeur par une société qui fonctionne au son de l’argent. Une société de consommation qui broie la nature et les humains. Une société de consommation qui a choisi sa cible: les femmes, jamais assez minces, jamais assez belles, jamais assez accomplies, jamais assez mères, jamais assez disponibles, jamais assez sexy, jamais assez respectables pour répondre aux standards fixés par cette société elle-même, dans le but de vendre plus. Vendre plus en nous piégeant: nous forcer à répondre à ces injonctions sexistes et machistes grâce à la dernière crème anti-âge, à la dernière robe, au dernier biberon électronique. Nous piéger pour nous empêcher de remettre en question ces injonctions et de les faire taire. Le féminisme qui porte la grève de 2019 est une réaction de colère qui devrait permettre d’ébranler profondément cette logique de pouvoir.

Ce féminisme implique non seulement de lutter – encore et toujours – pour obtenir enfin l’égalité des salaires, des rentes décentes, une meilleure représentation politique, la fin des violences faites aux femmes, mais aussi de revendiquer une autre image des femmes. Des femmes actrices de la société. Des femmes en position de pouvoir. Des femmes non seulement consentantes, mais aussi entreprenantes dans les relations de séduction. Des femmes solidaires qui s’organisent avec force pour réclamer droits et libertés. Des sujets plutôt que des objets. Pour cela, il faudra lutter contre des réflexes sexistes profondément ancrés dans l’éducation de toutes et tous et exploités – renforcés – jusqu’à la nausée par la publicité et généralement la production des médias de masse.

Ne pas nourrir le système

C’est pour cela que la grève des femmes a aussi appelé à une grève de la consommation le 14 juin: ne pas nourrir le système ni forcer à travailler les femmes à qui la grève est interdite. Nous n’irons rien acheter, nous n’irons pas chez la coiffeuse ou chez n’importe quel professionnel qui emploie des secrétaires et assistantes et nous n’emploierons pas nous-même de baby-sitter ni de femme de ménage.

Il est indispensable de lier émancipation féminine, égalité entre les sexes et protection de l’environnement

En 2019, être féministe implique donc également d'être écologiste. Les femmes vont en effet être les victimes directes, majoritairement et avec violence, des catastrophes climatiques à venir. Parce qu’elles sont, partout et encore aujourd’hui, minorisées, discriminées, appauvries, harcelées, violentées par un système qui ancre son pouvoir dans leur exploitation comme dans celle de la nature. Il est donc indispensable de lier émancipation féminine, égalité entre les sexes et protection de l’environnement.

Cette année, les grévistes féministes et les grévistes du climat, ensemble, ont dénoncé cette société de consommation, ennemie de celles et ceux qui connaissent des salaires et des rentes ridicules, ennemie de la nature dont nous dépendons pourtant, ennemie des femmes. Ces mobilisations ont de plus un destin commun. Fondamentales, les revendications portées par ces mouvements sont déjà relayées auprès des élu.e.s depuis longtemps. Mais elles ne sont pas entendues par la majorité de droite qui gouverne notre parlement! Nous sommes en effet constamment minorisé·e·s sur ces sujets cruciaux que sont la défense de notre climat et l’égalité femmes-hommes.

Vers une société de partage!

Des mobilisations citoyennes sont donc indispensables pour faire pression sur les majorités politiques. Pressions qui fonctionnent. La grève du 14 juin est, en particulier, une journée spéciale pour rappeler les luttes féministes et pour obtenir de nouvelles avancées. Grâce à la grève de 1991, les Suissesses avaient obtenu la loi sur l’égalité. En 2019, nous espérons obtenir, enfin, son application, ainsi que des vrais changements politiques et sociétaux en faveur de l’égalité effective. En ligne de mire, par exemple, un arsenal législatif et des actions publiques qui prennent enfin la mesure de la gravité et de la récurrence des violences sexuelles et sexistes en Suisse.

En faisant grève en cette année 2019, nous avons exigé un système intelligent, qui permette à toutes et à tous d’avoir sa part du gâteau, y compris les générations futures. En 2019, nous proposons de quitter une société de consommation pour aller vers une société de partage!


Léonore Porchet est députée Les Vert·e·s au Grand Conseil vaudois et membre du collectif vaudois de la grève des femmes.


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En vidéo: la grève du 14 juin 2019.

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