La semaine dernière, j’ai provoqué un petit tremblement de terre. En évoquant le parcours présenté comme exemplaire d’Elodie qui, pour le dire simplement, s’est pris ses 50 ans dans les dents, j’ai soulevé un tollé auprès des lecteurs et surtout des lectrices du «Temps». Quoi! se sont exclamées nombre d’entre elles sur notre fil FB, j’ai 50, 60 et même 70 ans et je rayonne toujours de bonheur et de santé mêlés. Je n’ai rien à voir avec cette Elodie diminuée. Quoi! ont surenchéri d’autres voix courroucées. Après avoir célébré les femmes fières, fortes et autonomes avec une édition spéciale, le 6 mars dernier, «Le Temps» réduit la femme de 50 ans au rang d’objet! Quelle est la valeur de cette Elodie qui ne vit que par et pour le regard des hommes? Quoi! a encore hurlé un troisième camp remonté. On parle de nouveau des femmes amoindries, qu’en est-il des gars qui bandent mou, voire pas du tout?

L’article incriminé: Femmes, 50 ans? Le nouvel âge ingrat

La réaction de la professeure de l’Unige Sandra Citi: La femme prisonnière des stéréotypes

Les réactions sur la page FB du «Temps»:  Femmes de 50 ans, les hauts… les bas…

D’abord, ce constat. Elodie n’est pas une petite chose perdue dans le vaste univers. Elle a élevé son fils seule, exerce un métier passionnant et singulier qu’elle a préféré taire pour ne pas être identifiée et déborde d’amis et d’activités qui donnent de l’air à ses idées. Mais elle a (eu) cette faiblesse, oui, cette folie: elle a (eu) envie d’être regardée et aimée par un homme de son âge et non par un vieux monsieur ou un minet de 25 ans. Et là, oui, elle (a) fait méchamment chou blanc. Déjà, par égard pour elle qui n’est pas un personnage de papier, la violence des commentaires m’a peinée. Mais c’est de bonne guerre, puisque, de fait, j’ai présenté son récit comme exemplaire. D’où cette question nécessaire: en quoi le parcours d’Elodie est-il vraiment représentatif des femmes de 50 ans?

Eh bien, je persiste et signe. Pour avoir discuté avec beaucoup de femmes de cet âge-là, pour avoir lu des témoignages éloquents sur le net et pour avoir reçu de nombreux remerciements émus, je suis convaincue qu’Elodie a dit tout haut ce que beaucoup de quinquas épuisées et déprimées pensent tout bas. Et n’osent pas (se) formuler, car la société n’est pas tendre avec celles et ceux qui baissent les bras. A 50 ans, pour des raisons physiologiques, mais aussi psychologiques et sociales – le travail plus stressant, les enfants qui quittent le foyer, les maris, compagnons moins fervents, le célibat plus galère, etc. –, beaucoup de jeunes quinquagénaires marquent le pas, avant de digérer ce nouvel état. Pas toutes, évidemment et c’est tant mieux! Mais beaucoup. En tout cas bien plus que ce que la société machiste reconnaît. Est-ce antiféministe de le dire? Sincèrement, je ne le crois pas.


Nos précédentes chroniques

Vive les saisons, vive Mélenchon!

La création artistique n’a pas de sexe et c’est tant mieux

Etre femme en 2017, c’est chic! Etre vieux, impossible!



Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.