Alors que la guerre insensée de Vladimir Poutine en Ukraine vient à peine de commencer, l’histoire de la Journée internationale des droits des femmes nous offre une leçon magistrale. Lié intimement à la Russie, ce 8 mars éclaire d’une lumière particulière l’actualité qui nous bouleverse.

Adoptée en 1910 par le Mouvement des femmes socialistes, l’idée de consacrer un jour au combat féministe vient de la révolutionnaire allemande Clara Zetkin. La tradition a été rapidement suivie en Russie, où le poids du patriarcat est écrasant mais les femmes pionnières dans la revendication de leurs droits. Ainsi, la marxiste Alexandra Kollontaï, surnommée «la Jaurès en jupon», sera la première femme du monde à faire partie d’un gouvernement.

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En ce début de printemps 1917, la mobilisation des femmes russes parachève un mouvement bien plus vaste. Celui du peuple russe tout entier, révolté par le régime tsariste incapable de subvenir à ses besoins. La vie des ouvriers – et surtout des ouvrières – est misérable. Et le mariage n’arrange souvent rien: dans les grandes familles, il arrivait par exemple que le père remette un fouet à son gendre le jour des noces.

L’interminable guerre de 14-18 durcit encore les conditions de vie. «A la protestation des femmes» qui réclament le retour de leurs maris partis sur le front d’une guerre dont on ne voit pas la fin et «contre la disette de pain, écrivait le Journal de Genève en 1917, s’est jointe la protestation populaire contre l’incurie administrative» dont «la population souffre»: «Depuis un an, elle est – dans les villes surtout – cruellement rationnée.»

En Ukraine, et ailleurs…

Aujourd’hui, les femmes se trouvent sur le front, et elles sont nombreuses sur les routes de l’exil. Des milliers de mères attendent un enfant qui ne reviendra pas, des épouses un mari dont elles ne sauront plus rien. Cela se passe en Ukraine, en Russie, mais ailleurs aussi: qui pense encore au Yémen ou à la Syrie? Cette Journée internationale des droits des femmes, peu après le début de la guerre en Ukraine, est l’occasion de saluer le combat historique de celles qui, aujourd’hui, se battent pour leur survie.

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