Qui, en Suisse romande, ne connaît pas Mauro Poggia? La pandémie aura assurément révélé ses ministres à notre région. Quand il s’agit de passer à l’action, fédéralisme oblige, c’est dans les cantons qu’on met les mains dans le cambouis. Pendant que les parlementaires fédéraux, fidèles à leur titre, usent et abusent de la parole, les conseillères et conseillers d’Etat construisent de nouveaux quartiers, gèrent nos hôpitaux ou les écoles de nos rejetons.

Alors qu’on sablait le champagne l’an dernier parce que le Conseil national comptait enfin 42% de femmes, on s’est peut-être réjoui trop vite. Car le canton de Vaud, avec sa solide majorité féminine, est l’exception: le pouvoir, dans notre pays, reste masculin. Pire, le gouvernement mono-sexe est toujours plus en vogue, alors qu’on pensait avoir enterré ce modèle en 2012. Le torse bombé, le pas imposant et la cravate bien pendue: les photos officielles de ces Conseils d’Etat certifiés 100% masculins se succèdent. De Lucerne à Uri, des Grisons à Appenzell, en passant par le quatrième canton de Suisse, l’Argovie, qui vient de renouveler son gouvernement, mais pas le genre de ses membres.

Une marge de progression

Il serait tentant de qualifier ce problème d’alémanique. Que nenni, le Tessin a aussi sa carte de membre. Et c’est probablement le destin du Valais, voire celui de Fribourg, l’an prochain. Il faut se rendre à l’évidence, dans ces hauts lieux de décision, la moitié de la population a mal à sa représentation; seul un quart des élus prend un «e». La faute aux partis politiques, incapables de placer des personnalités féminines sous le feu des projecteurs. La faute à l’opinion publique, peut-être aussi, intransigeante quand une femme trébuche, tandis qu’on ne se tracasse pas autant pour les hommes incompétents.

On peut ainsi compter les élues à qui l’on a présenté la porte après une législature. Elles suffisent à rendre caduc le couplet souvent servi sur l’impénétrable manque d’ambition féminine. S’il serait hasardeux de chercher une corrélation entre cantons purement masculins et succès des réponses à la crise sanitaire, on ne peut nier que les cantons dans leur ensemble ont une marge de progression. Alors que les études ont démontré depuis longtemps les avantages d’équipes diversifiées, on a tout à gagner à le garder à l’esprit.


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