Conférence de conciliation

Les femmes dans l’espace public, une question invisible

Les sièges dans les trains appartiendraient aux hommes, le harcèlement de rue appartiendrait aux thématiques politiques secondaires… L’espace public est masculin, et l’espace politique pour ces thématiques est étroit!

La manière différente dont les hommes et les femmes se comportent dans l’espace public, en particulier dans les transports, est bien connue et documentée par la recherche. On observe ainsi que les hommes occupent plus de place que les femmes. Et, je le précise d’emblée, la différence des attitudes est sans proportion avec celles des gabarits corporels. Jambes largement écartées qui débordent, journal grand ouvert qui vous frôle ou ordinateur occupant l’entier de la tablette commune.

Confinement contraint

Au confinement contraint, permanent pour les utilisatrices des transports publics (si, si, je vous assure, observez et vous verrez), j’ai tenté d’opposer une résistance il y a quelques jours dans un train bondé entre Berne et Lausanne. Je vous rassure tout de suite, non pas en m’imposant physiquement de la même manière que le jeune cadre dynamique qui me faisait face et dont les pieds se trouvaient sous mon siège, non. Simplement en usant de la parole, et en osant demander s’il était possible d’aménager, quelque part dans le prolongement de mes genoux, un espace qui pourrait accueillir les miens, de pieds. Réponse à cette audace, à cette effronterie: un gros soupir, une grimace, une complainte – et un mouvement presque imperceptible.

Un «outrecuidant» aux Chambres

Dans un registre éminemment plus grave – qui a toutefois aussi trait à la place des femmes dans l’espace public – un collègue a visiblement lui aussi fait preuve d’outrecuidance aux yeux du Conseil fédéral en s’inquiétant du phénomène du harcèlement de rue. Tout en affirmant «ne pas sous-estimer ni l’ampleur, ni la gravité du harcèlement de rue», notre gouvernement n’estime pas nécessaire de prendre des mesures pour lutter contre ce phénomène qui empoisonne, et pas qu’un peu, la vie des femmes.

On repassera, merci

Pas de mesures, pas de prévention, pas même une petite étude pour connaître un peu mieux, justement, l’étendue du problème: on se défausse explicitement sur les communes urbaines, qui n’ont qu’à se charger des plans d’action, alors que les chiffres disponibles attestent que plus des deux tiers des jeunes femmes ont été confrontées au phénomène, dès 16 ans déjà. Pour la sensibilisation et la prise de conscience, c’est comme avec le respect dans le train: on repassera, merci d’excuser le retard de la politique sur la vie réelle, et prière d’attendre la prochaine correspondance.

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