Du violet partout. Peu importent les chiffres exacts, la grève des femmes du 14 juin 2019 frappe par son écho massif, son organisation réussie, sa vivacité joyeuse et sa détermination: comme les jeunes pour le climat, les femmes montrent la voie en secouant le pays, cette Suisse qui a trop tendance à ronronner en pensant que chez elle tout va bien. Alors que la bataille pour l’égalité, menée pour le bien de toute la société, reste une nécessité. 

Non qu’il ne se soit rien passé depuis 1991. L’égalité n’est pas un vain mot dans la formation, les femmes étant désormais aussi nombreuses que les hommes à sortir de l’université. Elles sont plus présentes aussi en politique, du moins à haut niveau, et leur absence dans les exécutifs passe désormais pour une anomalie d’un autre âge.

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Autre différence: alors que la manifestation inédite d’alors n’avait pu mesurer qu’après coup sa force de frappe, celle d’hier retentit depuis des semaines comme un succès assuré, grâce à la popularité de la cause, à ses relais médiatiques et aux réseaux sociaux. C’est sans doute le grand paradoxe de la grève 2019 que d’être encouragée de toute part.

A part l’UDC, qui a choisi précisément ce 14 juin pour distribuer un tout-ménage contre l’«idéologie du changement climatique», tous les partis l’ont soutenue. Les autorités ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour encourager les fonctionnaires à y participer, les entreprises se sont efforcées de ne pas menacer, même l’Eglise catholique a dit tout le bien qu’elle en pensait.

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Pourtant, malgré ce discours unanimiste, la société suisse a beaucoup de peine à apporter les remèdes aux inégalités qui demeurent. Faut-il incriminer sa spectaculaire lenteur, du droit de vote des femmes au congé maternité, à trouver sa place dans le concert des nations modernes?

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A la différence des salaires s’ajoute l’injustice du travail pour le ménage, l’éducation et les soins aux proches, non rémunéré alors qu’il est si précieux socialement, le tout débouchant sur une pénalité cumulée: des retraites de 40% inférieures à celles des hommes. Les récents épisodes sur le congé paternité montrent un Conseil fédéral et un parlement sourds et aveugles face à l’enjeu sociétal de la conciliation des rôles, pourtant indispensable à l’égalité.

Mais les autorités, les entreprises et l’organisation sociale ne sont pas seules responsables. Chaque homme peut faire avancer la cause commune à son niveau, à la maison et au-dehors. Pour garantir aux femmes un espace privé et public égalitaire et, au moins, libre de violence et de crainte. La grève 2019 a été un franc succès. Et après? Que tous ceux qui l’ont encouragée en belles paroles s’efforcent de concrétiser ses revendications par leurs actes. Et que toutes celles qui l’ont si bien organisée continuent de se mobiliser, pour éviter la fuite des responsabilités.

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