Du bout du lac

Où sont les femmes, sur ce mur?

OPINION. Peinturlurer le mur des Réformateurs sous prétexte de lutte féministe avec un tel slogan, c’est d’un anachronisme un peu benêt, non?

Où sont les femmes? Sauf à croire au geste amoureux d’un fan de Patrick Juvet sous acide, cette question badigeonnée dimanche matin sur le mur des Réformateurs mérite qu’on s’y arrête deux minutes trente. Surtout aujourd’hui, dans le journal du 8 mars. Où sont les femmes?

Dieu merci, elles sont partout. Regardez tout autour de cette chronique, dans les pages qui précèdent, dans celles qui suivent. Il y a des femmes et des hommes, en proportions à peu près égales. C’est le monde dans lequel nous vivons, ou au moins celui auquel nous aspirons. C’est du futur qui devient tranquillement du présent, lui-même produit du passé. Si c’est à nous, les femmes et les hommes de 2019, que s’adresse la question, la réponse est simple: elles sont là, les femmes, et bien là.

Lire aussi notre éditorial: Faut-il supprimer le 8 mars?

Par contre, poser la question aux Réformateurs me semble périlleux. Et je crains que ce soit précisément ce qu’a fait le collectif «SemaineLuttesFéministes» dans le parc des Bastions. Parce qu’elles en ont «marre de n’apprendre que l’histoire de grands hommes à l’école, marre de ne pas être représentées et d’être invisibilisées sous l’excuse du contexte historique, marre des monuments, de noms de rues et de la glorification historique des hommes».

Le logiciel de Théodore de Bèze

Très bien. Sauf que demander à Théodore de Bèze son projet pour les femmes, c’est prendre le risque de s’entendre répondre, des tréfonds du XVIe siècle: «Si longtemps qu’elle durera, à l’époux cherchera son aise; de si bien se gouvernera, que jamais ne s’adonnera à faire rien qui ne lui déplaise.» Vu d’ici, ça pique les yeux. Théodore: peut faire mieux, beaucoup mieux. Mais ici, c’est cinq siècles plus tard. Là où il est, Théodore a peu de chances de vous comprendre. Son logiciel ne le permet pas.

Chèr-e-s activistes de «SemaineLuttesFéministes», vous avez posé la bonne question au mauvais endroit. C’est-à-dire au mauvais moment. Le monde est un jeu dont les règles ont été écrites il y a très longtemps par les hommes et pour les hommes. En leur stricte faveur. On aimerait qu’il en fût autrement, mais c’est comme ça. Les hommes se sont débrouillés pour avoir le dessus. Violemment, légalement, et si possible pour toujours.

Laissons le passé tranquille

L’honneur de notre époque est de vouloir changer la donne. Et surtout d’être en train d’y parvenir. Continuons de nous demander où sont les femmes, et pas seulement le 8 mars. Mais laissons le passé tranquille. Il est sexiste, machiste et tout ce que vous voudrez. Attendre de lui qu’il soit paritaire et progressiste n’a pas plus de sens que de réécrire Tintin au Congo ou de demander à Néandertal de manger cinq fruits et légumes par jour.

L’égalité mérite peut-être mieux qu’un anachronisme un peu benêt, griffonné dans la nuit à la peinture violette.


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