Opinion

Pour les femmes, #Non c’est non!

OPINION. Les femmes ont massivement dit non au PV2020 car cette réforme les pénalisait sans offrir la moindre réponse à leurs problèmes. Or, moins d’une année plus tard, le couple Berset-Levrat se comporte comme si elles s'étaient exprimées dans le vide, dénonce la présidente du Collectif LALISTE, Manuela Honegger

Depuis le début des années 1990, à plus de trois reprises, les femmes ont dit non à l’augmentation de l’âge de leur retraite. La dernière fois, c’était en septembre dernier, lorsque le peuple a refusé le projet de réforme prévoyance vieillesse (PV) 2020. Cette réforme prévoyait d’augmenter l’âge de la retraite des femmes et de baisser leurs rentes, cela alors que les femmes ont déjà des retraites misérables. Aujourd’hui, elles survivent majoritairement avec une seule rente AVS. Leur deuxième pilier est 67% plus bas que celui des hommes. La faiblesse des rentes des femmes s’explique par le sexisme structurel: les femmes fournissent gratuitement deux tiers du travail au sein du ménage pour une valeur de 400 milliards par an. De plus, elles demeurent discriminées dans leur salaire sur le marché du travail. Les femmes ne sont tout simplement pas en mesure de cotiser pour le deuxième pilier. Par exemple, à Genève, une femme sur trois survit avec moins que 3000 francs par mois alors que pour les hommes ce rapport est d’un sur onze.

Nos voix ne comptent pas

Logiquement, les femmes ont massivement dit non au PV2020 car cette réforme les pénalisait sans offrir la moindre réponse à leurs problèmes. Or, moins d’une année plus tard, le couple Berset-Levrat, appuyé par le Conseil fédéral, se comporte comme si nous nous étions exprimées dans le vide. En toute confiance, ils sillonnent la Suisse pour proposer la réforme AVS21 et tentent encore une fois de convaincre les femmes qu’elles gagneraient à travailler une année de plus pour recevoir 25% de moins à la retraite. Or, cette réforme présente les mêmes problèmes que la réforme précédente à l’encontre des femmes. De plus, AVS21 a été couplé avec le Projet fiscal 17 (PF17), qui prévoit de réduire le taux d’imposition à 13% pour toutes les entreprises, engendrant des coûts budgétaires. Par expérience, ceux-ci auront d’abord un impact sur les budgets de la santé, de l’éducation et de la petite enfance. Ainsi, les femmes se retrouveront à assumer encore plus de travail non rémunéré pour leurs enfants et pour leurs proches, tout en étant dépendantes du revenu d’un homme ou de l’Etat, pour arriver à subvenir à leurs besoins.

Le couple Berset-Levrat, appuyé par le Conseil fédéral, se comporte comme si nous nous étions exprimées dans le vide

En proposant cette nouvelle réforme, Berset-Levrat refusent d’écouter le «non» des femmes. A Berne, pourtant, on écoute avec attention les demandes de l’Union européenne, des dirigeantes des entreprises ou le fameux «marché». Cependant, les voix et les priorités des femmes sont exclues de la soi-disant «Realpolitik». Il est révoltant de sentir que nos voix ne comptent pas.

Or, notre retraite n’est pas l’unique sujet où nous parlons dans le vide. Trop souvent, lorsque je sors de chez moi, je me fais aborder par des hommes. Quelles que soient leur origine ou leur nationalité, lorsque je dis non, je dois me répéter. Ils font semblant de ne rien entendre et ne me laissent tranquille que lorsque j’élève la voix. Trop de femmes paient leur refus par l’agression, la violence, voire par leur vie. Le 8 août 2018 à Genève, plusieurs hommes ont tabassé cinq femmes parce qu’elles ont dit non. A la suite de ce crime sexiste, nous sommes descendues dans la rue pour refuser cette violence et dénoncer le sexisme structurel dans lequel il s’inscrit.

Je veux que l’on m’écoute

Ici non plus, personne ne semble nous entendre. Alors que nous avons fait appel à des mesures multiples dans l’éducation, l’aménagement de la ville, la sécurité, mais aussi par le biais d’une véritable loi contre le sexisme, le conseiller d’Etat chargé de la Sécurité, Pierre Maudet, s’est contenté de dénoncer «des cultures patriarcales». Or, le sexisme traverse bien toutes les frontières culturelles, les nations et les classes sociales. Ailleurs en Suisse, les hommes politiques ne dénoncent pas le sexisme dans notre pays et ne proposent aucune solution pour répondre aux menaces qui pèsent sur les femmes. La même négation de ces dimensions structurelles du sexisme se retrouve dans la réforme AVS21.

Comme toutes les femmes, je veux vivre une vie digne au sein de mon pays. Je veux que ma voix soit entendue. En 2017, j’ai été dans la rue et dans des réunions politiques avec de nombreux hommes et femmes pour dire non aux réformes de l’AVS. Je dirai non une fois de plus à cette énième proposition d’augmentation de l’âge de la retraite. Je veux que les comportements changent. Lorsque je dis «non» quand un homme m’aborde, je veux que l’on m’écoute. Lorsque je dis «non» en politique, il en va de même. Non, c’est non, aussi pour nos conseillers fédéraux et présidents de parti!

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