Éditorial

Femmes et sciences, un solide plafond de verre

ÉDITORIAL. Dans les disciplines scientifiques, les femmes restent sous-représentées aux postes à responsabilités, malgré leur nombre croissant

Pour ses 20 ans, Le Temps met l’accent sur sept causes. Après le journalisme, notre thème du mois porte sur l’égalité hommes-femmes. Ces prochaines semaines, nous allons explorer les voies à emprunter, nous inspirer de modèles en vigueur à l’étranger, déconstruire les mythes et chercher les éventuelles réponses technologiques à cette question.

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Les anglophones appellent ce phénomène le leaky pipe issue, ou problématique du tuyau percé. La métaphore manque de finesse, mais elle illustre bien un phénomène touchant l’ensemble des disciplines scientifiques et technologiques: la sous-représentation croissante des femmes au fur et à mesure que sont gravis les échelons hiérarchiques. En sciences, bastion traditionnellement masculin, le plafond de verre est particulièrement solide.

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Un exemple parmi d’autres? Au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, les femmes sont majoritaires non seulement au cours des études, mais également chez les médecins assistants, avec une proportion de 62% en 2017. Ensuite, c’est la chute libre: seuls 28% des médecins cadres et 12% des chefs de service font partie de la gent féminine. Il aura même fallu attendre janvier 2018 pour que le CHUV nomme enfin, pour la première fois de son histoire, une femme au poste de cheffe de département.

Dans les autres disciplines scientifiques, on ne peut guère se targuer de meilleurs résultats. A l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), moins de 10% des professeurs de physique sont des femmes. Idem en chimie, où pourtant les étudiantes sont majoritaires.

Certes, on note, depuis quelques années, une prise de conscience de la part des institutions académiques. L’EPFL s’est ainsi fixé pour objectif de parvenir à un chiffre de 35% de doctorantes. Des efforts sont par ailleurs entrepris afin de promouvoir la carrière des femmes, notamment par la distribution de prix consacrés à la valorisation de l’entrepreneuriat féminin dans les sciences.

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Zone de confort masculine

Mais ces initiatives louables sont-elles suffisantes face au caractère hyper-concurrentiel de la recherche, qui exige des jeunes scientifiques qu’ils atteignent certaines étapes clés à un âge que l’on conjugue volontiers avec une vie de famille? Faute de structures d’accueil suffisantes en Suisse, combien de scientifiques talentueuses ont-elles été contraintes d’abandonner leurs projets de carrière?

Première femme à avoir obtenu une chaire en physique à l’EPFZ dans les années 90, Ursula Keller, créatrice de l’ETH Women Professors Forum, plaide pour une réforme en profondeur d’un système façonné par les hommes, dans lequel les femmes ont trop longtemps joué un rôle marginal. La physicienne invoque même, à talent égal, les bénéfices qu’il y aurait à instaurer des quotas, afin de combattre la sous-représentation féminine aux postes à responsabilités.

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Reste encore à changer profondément les mentalités. Car les professeurs masculins, à l’heure de choisir leurs collègues de travail, ont encore trop souvent tendance à sélectionner de jeunes scientifiques qui leur ressemblent. Il serait peut-être temps, pour eux, de sortir de leur zone de confort. La recherche n’échappe pas aux stéréotypes de genre. Il est crucial qu’hommes et femmes y soient équitablement représentés, afin que le progrès n’appartienne pas qu’à une moitié de l’humanité.

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