Il n’est pas si courant que les habitants d’une ville tout entière, par page Facebook et pétition en ligne interposées, discutent avec passion et enthousiasme d’un projet culturel qui divise. C’est le cas ces jours à Lausanne, où la conception du futur Festival de la Cité déchaîne les esprits. Un tel bouillonnement citoyen prend par ailleurs un visage résolument moderne, puisqu’une pétition lancée sur Change.org, plaidant pour un Festival de la Cité à la Cité, a déjà été revêtue de plus de 1500 signatures, tandis que les commentaires crépitent sur la page Facebook de la pétition.

Deux visions qui s’affrontent, ou, à tout le moins, divergent, rien de tel pour un «Face-à-face» comme Le Temps en mène chaque samedi et où la parole est donnée libéralement aux uns et aux autres…

S’il ne nous a pas été difficile de trouver qui plaiderait pour que le Festival de la Cité demeure en ses murs - on parle ici de Julien Sansonnens, l'initiateur de la pétition citoyenne «Pour que le Festival de la Cité revive... à la Cité!», personne en revanche, du côté des organisateurs ou de son service de tutelle, pour nous expliquer la position officielle du festival.

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Contactée à plusieurs reprises, la directrice du Festival de la Cité, Myriam Kridi nous a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas s’exprimer dans le cadre d’un tel «Face-à-face» car son projet sur les sites d’Ouchy, de la Riponne et de la Sallaz pour 2016 «ne s’oppose à aucun autre». En d’autres termes, on expose volontiers le projet, mais seul. Personne en face, et l’on devine: surtout pas M. Sansonnens.

Même mélodie auprès du rubicond président du Festival de la Cité, Georges Caille, qui nous invite à régler cela devant trois décis, mais qui n’a ni le temps ni l’envie de participer à un «Face-à-face» qui n’a pas lieu d’être.

Même refus sec et sonnant auprès de Fabien Ruf, le chef de service de la culture de la Ville de Lausanne, qui pourtant, en juillet 2015, offrait de renseigner qui en éprouvait le besoin sur un Festival de la Cité qui «se découvre de nouveaux lieux sans pour autant abandonner son territoire natal» – nous citons le communiqué de presse.

Pareille arrogance laisse sans voix; pareille dérobade songeur; pareil mépris des habitants de Lausanne perplexe.

Prenons donc acte. En espérant qu’une pareille morgue ne soit pas désormais la petite musique des activités culturelles de la future municipalité de Lausanne.


Michel Danthe, chef de la rubrique Opinions et Débats du Temps