Marco Müller, le directeur du Festival international du film de Locarno, claque la porte. Il part sans assurer ni relève ni continuité dans la programmation, domaine où il était passé maître – c'est ainsi qu'il a fait de cette manifestation l'une des plus importantes au monde. Aussi légitimes qu'en soient les motivations, et quel que soit le rôle des pressions exercées par le monde du cinéma suisse ou au sein même du comité d'organisation, le style et la manière sont inacceptables. Le directeur d'un festival d'une telle stature, à moins d'en vouloir le naufrage, ne se comporte pas en diva.

Avec le décès de son président Giuseppe Buffi, Locarno se retrouve à présent sans pilotes et paie durement une gestion qui, jusqu'à très récemment, se complaisait dans l'amateurisme familial malgré des subventions dorées. Voilà encore l'héritage coûteux d'une conscience artistique nationale qui continue d'avancer en se croyant affranchie de toute considération économique sous prétexte qu'elle soutient l'Art. Mais à force de ne pas vouloir se considérer comme un véritable système de production, avec des soucis de promotion et de public, l'Office fédéral du cinéma et tous les organismes d'aide de ce pays, qui gèrent pourtant de l'argent public, provoquent une gabegie sans précédent par leurs hésitations entre l'interventionnisme et le laisser-faire.

Locarno, s'il devait retomber dans ce climat de querelles intestines et d'indécision chronique, aurait tôt fait de perdre ce qui en fait la force: un lieu de contradictions assumées entre la grande production et un cinéma de création, entre le large public et la tribu des cinéphiles. Mais pour rester sur cette ligne de crête, il lui faudra une nouvelle équipe de grand calibre, avec un directeur de stature internationale, apte à résister aux intrigues du sérail cinématographique national.

Le festival et ses donateurs, de la Confédération au canton du Tessin, doivent donc exclure toute solution de compromis. Regarder vers le large et partir en quête d'un directeur charismatique… Un directeur qu'il ne faudrait pas hésiter, si nécessaire, à chercher hors de nos frontières.

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