éditorial

Les festivals suisses, un îlot de résistance

ÉDITORIAL. Alors que les géants Live Nation et AEG se font toujours plus menaçants, les festivals suisses survivront s’ils continuent à miser sur l’accueil des spectateurs plutôt que de jouer la carte de la surenchère

Alors que la saison des festivals en plein air s’achève, quelles leçons économiques tirer de l’été écoulé? Si la plupart des organisateurs se réjouissent de la fidélité du public suisse, ils relèvent dans le même temps une pression croissante liée à une explosion des coûts et à une concurrence toujours plus acharnée, et surtout mondialisée. Dans le viseur, Live Nation et AEG, deux multinationales qui sont à l’industrie de la musique live ce que Nestlé et Monsanto sont à l’agroalimentaire.

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Le refrain est connu, on le rabâche chaque année: l’effondrement du marché du disque a poussé les artistes à trouver d’autres sources de revenus. Alors que jadis ils utilisaient les concerts pour promouvoir leurs disques, le live génère aujourd’hui jusqu’à trois quarts de leurs revenus. Les cachets demandés n’ont dès lors cessé d’augmenter, avec une hausse frôlant les 200%. Un phénomène encore amplifié par des spectacles toujours plus grands et plus spectaculaires, donc plus chers à produire, du côté des grosses têtes d’affiche du moins.

Live Nation et AEG ont précipité la mutation de l’industrie en développant des politiques à 360 degrés. Afin de maximiser leur chiffre d’affaires, ils signent des contrats d’exclusivité avec les artistes, possèdent des salles et festivals, gèrent aussi bien la vente des billets que le merchandising et la restauration. L’an dernier, Live Nation rachetait l’Openair de Frauenfeld pour en faire un des plus importants rendez-vous hip-hop d’Europe. Dès la rentrée 2019, AEG exploitera le nouveau Centre sportif de Malley, à Lausanne. Une concurrence nouvelle pour les promoteurs romands.

Une bulle est en train de se créer

L’empire Live Nation et AEG s’étend à travers le monde. Les festivals qui espèrent les concurrencer, à l’image de Sziget en Hongrie, ont la folie des grandeurs: plus de scènes, plus de spectateurs, des cachets proposés plus élevés. Avec comme conséquences des billets toujours plus chers et une expérience, en termes de qualité d’écoute et de confort, qui va en se péjorant. Certains signaux, comme une lente érosion de la vente de billets, font penser qu’une bulle est en train de se créer.

En Suisse, la plupart des festivals ne fonctionnent pas sur ce modèle capitaliste. Si les mutations observées pourraient leur rendre plus difficile encore l’accès aux grandes stars, ils ont comme atout leur capital sympathie: en continuant à privilégier l’accueil des spectateurs, tout en profitant du nombre record d’artistes sur la route pour proposer des affiches cohérentes plutôt que de tenter d’attraper des stars pour lesquelles tout le monde se bat, ils survivront. Et le jour où la bulle explosera, ils seront là, avec leur public et, soudainement, de nouvelles opportunités.

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