Du bout du lac

Les Fêtes de Genève et les feux de l’amour

OPINION. Comment dénicher la «fortune» qui permettra d’égayer l’été d’une cité touristique qui manque cruellement d’argent? Avec des «états généraux du tourisme» et un soupçon de Big Data?

Prenez une agglomération d’un demi-million d’habitants, le double en comptant large. Nous l’appellerons Genève, pour les commodités de la discussion. Placez-la sur le podium des villes les plus riches et les plus chères du monde, avec un PIB par râleur de 97 102 francs. Sur ses coteaux ensoleillés, implantez un tiers des 7000 multimillionnaires officiels du pays, soit 2500 individus assis sur plus de 30 millions de dollars chacun. Parsemez l’ensemble d’une demi-douzaine de palaces, de préférence au bord du lac. Vous suivez?

Bien. Alors faites maintenant de cette heureuse bourgade la sixième place financière de la planète, la capitale du négoce de matières premières et la future Mecque de la biotech. Endettez-la pour la forme, à hauteur d’un petit quart de son produit intérieur (comme les Emirats, à peu de chose près) et faites-y prospérer près de 40 000 entreprises, dont plus de 1600 multinationales. Vous suivez toujours?

«C’t’année, c’était vraiment pas mal!»

Parfait. Considérez à présent que les habitants de cet eldorado, qui ont pourtant érigé la discorde en principe vital, s’entendent par miracle sur un point: ils aiment leur feu d’artifice. A l’exception notable de trois hyperacousiques et autant d’ornithophiles obsessionnels, tous les Genevois adorent lever les yeux comme des enfants dans la nuit du mois d’août, jusqu’au bouquet final – «Non alors c’t’année, c’était vraiment pas mal!» Prix de ce petit bonheur crépitant: 700 000 francs, allumettes comprises.

Se pose alors une question vertigineuse, un impossible casse-tête: où donc dénicher une somme pareille? Sept cent mille francs! L’équivalent de la subvention municipale annuelle des Ateliers d’ethnomusicologie! Ou très exactement le prix de la Rolls-Royce Ghost récemment aperçue sur une place médecin de la clinique des Grangettes… Ce n’est pas rien, 700 000 francs.

D’un ton grave, Genève Tourisme vient de prévenir que ce serait compliqué de trouver l’argent avant l’été. Oui, compliqué. Non mais qu’est-ce que vous croyez? Qu’il suffit de demander aux hôteliers du canton de verser 23 centimes par nuitée, eux qui viennent de battre leur record trimestriel historique? Non, c’est compliqué, vous dit-on.

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Mais rassurez-vous, Pierre Maudet a promis de reprendre le dossier en main, et avec lui celui des Fêtes de Genève. Dès la mi-avril, des «thèses de réflexion ouvertes» seront rassemblées dans un «document», en prévision des «états généraux du tourisme» le 15 mai. Lesquels seront l’occasion de «penser sans tabou» et de «réfléchir à l’échelle transfrontalière», pour «revitaliser le projet d’agglomération du Grand Genève». En plus, on «utilisera la Big Data pour mener des études comparatives avec l’étranger». Ouf… on respire. Cette fois, c’est sûr, l’avenir des Fêtes est assuré.


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