Revue de presse

Feu Christa de Carouge, styliste et «parfois aussi un peu psychiatre»

Les médias rendent hommage à cette figure bâloise atypique qui a marqué l’histoire de la mode à Zurich et à Genève. Elle avait des idées bien arrêtées sur la manière de s’habiller

Sur l’image ci-dessus, on dirait un sketch de Zouc. Et sur sa page d’accueil, le Kunsthaus de Zoug exprime sa tristesse suite à la mort de la styliste bâloise Christa de Carouge, dont il expose les œuvres depuis la mi-novembre et encore jusqu’au 18 février 2018.

Elle était une des designers de vêtements les plus connues de Suisse, une «Grande Dame der Schweizer Mode», titre la Luzerner Zeitung. A l’âge de 81 ans, elle est décédée subitement, après une courte et grave maladie. Une de ses collaboratrices a confirmé l’information révélée par la Neue Zürcher Zeitung.

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De cette figure pour le moins atypique, le prestigieux quotidien zurichois écrit d’ailleurs qu’elle «avait horreur de la mode» et qu’elle «savait exactement ce qu’elle voulait et ce qu’elle ne voulait pas». Il raconte de manière touchante sa vie dans le Niederdorf, ses bistrots préférés et ses habitudes dans la cité où elle vendait ses vêtements.

Elle avait «quitté Carouge il y a une quinzaine d’années, pour retourner vivre à Zurich», celle qui, en 2013, a perdu à la fois «sa mère âgée de 103 ans et son compagnon, de 21 ans son cadet», rappelle le site de la RTS, sur lequel on peut également voir une archive filmée de 1998.

Lorsqu’elle était arrivée à Genève «par amour pour son futur ex-mari, c’était un 1er mai, et il pleuvait. Christa Furrer, qu’on n’appelait pas encore en 1963 Christa de Carouge, possédait déjà des idées bien arrêtées sur la manière de s’habiller», écrit la Tribune de Genève. «Dans les années 1960, je n’étais pas une hippie, ni une fille du Flower Power. Mon monde, c’était le punk et l’underground. Et, bien sûr, le noir pour toute chose», précisait-elle il y a deux ans au site Zurichkreis8.ch:

In den 60ern war ich kein Hippie, kein Flowerpower-Girl. Meine Welt war der Punk und Underground. Und natürlich alles in Schwarz.


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Celle qu’on allait donc vite surnommer «la dame en noir» – «Die Frau in Schwarz», c’est le titre de la Basler Zeitung – était tombée amoureuse de la cité sarde, au point d’y ouvrir une arcade, rue Saint-Victor, en 1978.

Car dans ses collections – oui, on l’a assez répété – «le noir dominait». Elle s’en expliquait en évoquant son enfance à Zurich: «C’était la période de l’existentialisme, jupes longues, cheveux courts, noirs. Nos visages, nos peaux sont colorés, cela suffit.» Et puis, poursuit la Tribune de Genève, «souvent, ses clients lui confiaient que ses vêtements les aidaient à mieux vivre. «Je suis parfois aussi un peu psychiatre», relevait alors malicieusement cette bonne vivante.»

Selon le Blick, Christa se serait éteinte des suites d’un cancer du foie. Brigitte Barrier, une amie très proche, aurait confié au quotidien zurichois qu’elle n’avait été ainsi diagnostiquée que «très récemment»: «Je lui ai parlé il y a deux semaines. Elle m’a dit que tout avait commencé avec de graves maux d’estomac. Le médecin lui a alors dit qu’elle avait un cancer. Et que la maladie s’était propagée partout.» Alors, «l’icône» a simplement «pris congé», titre le magazine alémanique Annabelle. «Adieu Christa», enchaîne Hochparterre.ch.

Mais Christa, dont le Blick a aussi récemment raconté la vie privée – «pas facile» – avec pas mal de détails sur sa relation à la mort, devait «supporter ces mauvaises nouvelles, elle l’a fait avec courage et ne s’est jamais plainte»: «Elle était certes d’une humeur particulière, dans un mélange de très sérieux et de très joyeux. Elle a toujours été très terre à terre et debout» devant son destin. Dans le fond, elle aurait voulu «partir avec l’aide d’Exit», association à laquelle elle appartenait, mais elle n’en a pas eu le temps. Elle est toutefois «reconnaissante d’avoir pu vivre comme elle l’entendait» (Schweizer Illustrierte): 

Je ne regrette rien. Ich bin dankbar, dass ich so leben konnte, wie ich es wollte!

6 août 2016

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