Revue de presse

Feux nourris contre le déménagement de Guy Parmelin à l’Economie

Le conseiller fédéral vaudois est très durement attaqué en raison de sa «désertion» de la Défense, particulièrement dans les médias alémaniques. On est bien loin de la concordance chantée sur toute la gamme la semaine dernière

L’année 2019 rimera donc avec grand chamboulement au Conseil fédéral. De nouvelles têtes apparaissent dans pas moins de quatre départements. Simonetta Sommaruga et Guy Parmelin changent de dicastère. Et Viola Amherd se retrouve reléguée au DDPS. Rappelons le casting, qui ne fait de loin pas que des heureux dans les médias:

Ueli Maurer (UDC): Finances.

Simonetta Sommaruga (PS): Environnement, Transports, Energie et Communication.

Alain Berset (PS): Intérieur.

Guy Parmelin (UDC): Economie, Formation et Recherche.

Ignazio Cassis (PLR): Affaires étrangères.

Viola Amherd (PDC): Défense, Protection de la population et Sports.

Karin Keller-Sutter (PLR): Justice et Police.


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Quine, double quine ou carton? Les deux quotidiens lémaniques usent ce mardi matin de la même métaphore que Le Temps, où les critiques des internautes pleuvent, d’ailleurs: «Coup de sac au Conseil fédéral» pour la Tribune de Genève. 24 heures ajoute qu’il est «joli», avec le Vaudois Guy Parmelin qui «quitte l’armée pour se remettre au vert»:

Alors, «on se plaint qu’il ne se passe jamais rien à Berne»? «Voilà que les sept Sages font parler la poudre», se risque l’éditorialiste. C’est «pas mal joué». Evidemment, «certains chipoteront sur la justesse de cette répartition». Mais «la formule magique des départements n’existe pas. Reste le plus important: chaque conseiller fédéral peut – et doit – regarder au-delà de sa gamelle et mettre son nez dans l’assiette de son collègue.» Au-delà, il y a forcément «des gagnants et des perdants», il y a aussi une réaction très polie d’Economiesuisse, ainsi que des déceptions et des espoirs:

«Dans les travées du parlement», estiment Le Nouvelliste, La Liberté et ArcInfo, il y a surtout un «doute», né du fait que «le parti du Vaudois rejette tout accord-cadre avec l’UE, qu’il juge colonial». Mais ces quotidiens pensent aussi, comme d’autres, qu’«une femme à la Défense», c’est «historique». Et «le président de la Société suisse des officiers, le colonel EMG Stefan Holenstein, se montre positif»: «Nous saluons l’arrivée de Viola Amherd, qui pourra donner de nouveaux accents de manière générale. Elle pourrait aussi contribuer à attirer plus de femmes à l’armée», dit-il, tout en relevant «quand même que le départ un peu précipité de Guy Parmelin est dommage, car nous avons bien collaboré».

«Une bleue à l’armée»? «Les canons sont bouleversés», titre pour sa part à la une Le Quotidien jurassien, qui démontre une fois de plus son sens des formules finaudes. C’est plus drôle que cette analyse toutefois intéressante du Tages-Anzeiger, qui raconte «les coulisses» de l’événement et se demande pour quoi ce fichu DDPS est «un département à fuir, mal-aimé, insignifiant, inconduisible» et nous gratifie du coup de cette très jolie caricature, à comparer avec celle de la Tribune de Genève et celle de 24 heures:

«Ce casting» n’est vraiment «pas convaincant», pour le quotidien zurichois. Un départ «du DDPS après trois ans seulement est un signe de faiblesse». Danger: «Il est évident que les Romands risquent de ne plus se préoccuper du développement de l’armée. Avec le renouvellement en cours des avions de combat, qui fait actuellement l’objet de critiques, Guy Parmelin se comporte en déserteur.» Mais plus généralement, «ce jeu d’échecs» peut tout de même d’«ouvrir de nouvelles perspectives […], même si la répartition des départements a été moins amicale que d’habitude et ne conduit pas à un résultat optimal».

«Echec», aussi, pour la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), selon laquelle le mouvement du Vaudois est «incompréhensible». On a raté «un premier signal qui eût été encourageant», celui d’«une répartition consensuelle», digne de cette concordance dont tout le monde chantait les louanges lors de l’élection de la semaine dernière. Certes, «l’idée n’est pas fausse» de considérer qu’il est temps, après vingt-trois ans, qu’un autre parti prenne en charge la Défense, mais «il est choquant de constater que ce département soit toujours un lot de consolation», alors qu’il est «essentiel pour la sécurité du pays, en particulier à l’ère du terrorisme islamiste et de la cyberguerre».

«Guy Parmelin déserte le commandement de l’armée quand la bataille s’annonce, celle qu’il prépare depuis trois ans pour l’achat de nouveaux avions de combat, enchaîne LeMatin.ch. Il a formé une équipe, où les francophones sont en bonne place. Pourquoi les laisser tomber? Il a peut-être de bonnes raisons, que les citoyens aimeraient connaître. […] La raison est peut-être seulement politique. […] Le Département de la défense semble être devenu un département de second choix pour son parti, l’UDC. L’économie est davantage dans l’air du temps que la sécurité du pays. Les affaires militaires ne sont pas «sexy» à côté d’un futur accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Encore faut-il maîtriser l’anglais…» Résultat: «La majorité UDC et PLR a imposé à la nouvelle venue de reprendre le Département de la défense. Un contre-emploi surréaliste pour une femme plutôt pacifiste.» Mais une bonne nouvelle pour les paysans:

C’est une politique d'«abandon» pour la Basler Zeitung, qui nous donne «un curieux Conseil fédéral», selon l’Aargauer Zeitung. Et le fait qu’«un ancien viticulteur prenne la direction de l’Economie est tout aussi incompréhensible aux yeux de la NZZ, puisque ce département est marqué par des conflits décisifs, entre agriculture et exportation, entre protectionnisme et libre-échange». Un représentant des métiers de la terre «ne suffira pas à les apaiser». Bref, «ce n’est vraiment pas beau», tout ça. «L’esprit collégial a beaucoup fait défaut ces dernières années», notamment avec «la démission du gouvernement dans la politique européenne. Un signal encourageant serait nécessaire», on ne l’a pas. «Fini la plaisanterie, retour aux rapports de force», juge le Corriere del Ticino.

Tout «devient plus difficile», en conclut le Blick: «Parmelin n’a rendu service à personne» en ne laissant «que les miettes aux deux nouvelles conseillères fédérales», écrit La Regione. «L’UDC se débarrasse de l’encombrant Département de la défense et gagne en prestige […], mais comment un ministre contesté d’un parti néo-isolationniste peut mener à bien un dossier aussi crucial pour l’avenir que la politique européenne de la Confédération reste un mystère»: «Karin Keller-Sutter y était pourtant prédestinée»…

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