Conférence de conciliation

Ficeler des paquets, c’est le cœur du travail parlementaire

OPINION. Le paquet sur la réforme fiscale et le financement de l’AVS (RFFA) connecte deux sujets majeurs pour la Suisse et sa population. Il pourrait être salué comme un compromis dont la Suisse a le secret. Et pourtant, il est devenu plus commode de décrier les accords parlementaires sur la forme que de les analyser sur le fond

Avant, on disait compromis. Maintenant, on dit deal. Avant, on disait dialogue au-delà des différences partisanes. Maintenant, on fantasme des négociations d’arrière-salle. Avant, on disait travail parlementaire. Maintenant, on décrit des marchandages à la petite semaine. L’atmosphère politique se transforme dans le pays. Le débat en cours sur la nouvelle réforme de la fiscalité des entreprises constitue à cet égard un vrai cas d’école.

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Après l’échec en votation populaire de 2017, le projet a été revu. On a mis la pédale douce sur les instruments fiscaux les plus contestés. Et un volet de compensation sociale a été introduit à travers un financement additionnel de l’AVS. En somme, les leçons de la campagne ont été retenues, le parlement a trouvé un équilibre. En s’inspirant d’ailleurs d’un certain modèle vaudois.

Théoriquement attachée à l’AVS, l’UDC a pourtant eu recours au bestiaire et au frigidaire. Le mariage de la carpe et du lapin est une figure classique de la rhétorique politique. Mais pour l’occasion, les ténors blochériens ont aussi comparé le paquet à une couche de Nutella qu’on tartinerait sur du pain sec. Oui, car, avant, on disait défendre un projet, et maintenant, on dit faire avaler.

Une vengeance

Que ce parti qui compte la discorde parmi ses objectifs stratégiques recoure à ce type d’imagerie n’est pas étonnant. Il faut bien qu’il se venge d’avoir été marginalisé, et surtout qu’il camoufle sa volte-face sur le fond, lui qui défendait la première réforme au nom de l’économie et rejette la deuxième au nom de la souveraineté.

Ce qui l’est davantage, c’est la grille de lecture qui menace de s’imposer au débat public. Comme si l’exigence, nécessaire, de transparence et de lisibilité de l’action des élus se transformait en obligation de simplisme et de rigidité doctrinale. Certes, comme avant, on continue à attendre des parlementaires une capacité à dialoguer. Mais une fois passés à la moulinette des news instantanées et des réseaux sociaux, tous les compromis sont déjà presque des compromissions.

Des accords qu’on adore détester

Construire un menu qui convienne à tout le monde, c’est s’exposer à ce qu’aucun gastronome ne soit parfaitement satisfait. Et pourtant, au parlement comme ailleurs, ficeler des paquets n’a rien de dégradant. C’est même aussi pour ça que nous sommes payés. Pour construire ces accords qu’on adore détester.


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