Belle occasion d’être fier. Pour le 1er Août, nombre d’orateurs auront souligné la remarquable résistance de la Suisse et de son économie aux profonds écueils que traversent nos voisins et partenaires.

Notre pays s’en sort bien. Très bien, même. Alors que son sacro-saint secret bancaire est attaqué de toute part, la banque suisse reste une industrie forte et compétitive. Pendant que les pays européens tombent les uns après les autres en récession, la Suisse continue de croître à un honorable rythme de 2%. Tandis que la zone euro compte désormais 11,2% de chômeurs, que la dynamique Allemagne affiche un taux proche de 7%, on recense à peine plus de trois sans-emploi sur cent actifs en Suisse.

Considérée de surcroît comme la championne d’Europe de l’innovation et de la compétitivité par plusieurs instituts de référence, dont l’IMD, la Suisse a des motifs pour bomber le torse, sans complexes.

Subsiste pourtant une sérieuse inquiétude. Cette prospérité relative est-elle solide, durable? Combien de temps la Confédération restera-t-elle insensible aux tumultes qui l’entourent? Force est de constater que ces interrogations se multiplient et s’alourdissent chez les Helvètes. Et elles ne sont pas injustifiées.

Aujourd’hui, davantage qu’hier, de gros risques pèsent, d’autant plus pernicieux qu’ils sont peu visibles du grand public. La lutte acharnée que mène la Banque nationale suisse pour empêcher l’envolée du franc aura-t-elle un jour prochain des conséquences?

Mardi, on apprenait qu’en six mois seulement, la BNS a dépensé plus de 100 milliards de francs dans ce combat. Son bilan gonfle, il a plus que triplé en quatre ans pour atteindre 430 milliards. Et c’est dans cette seule ligne comptable qu’est contenue une bonne partie des effets néfastes de la crise européenne sur la Suisse.

Pour l’instant, tout va bien. Le franc est stabilisé, la BNS gagne même de l’argent. Mais la situation pourrait s’inverser, nous rappellent régulièrement nos banquiers centraux. Ceux-ci auront d’ailleurs fort à faire lorsqu’il s’agira de revendre ces euros. Pour peu qu’ils y parviennent, il leur faudra aussi éponger les masses de francs qu’ils en retireront. Si le timing est mauvais, les dégâts pourraient être importants et longs à réparer: trop tôt, et la belle dynamique pourrait s’enrayer; trop tard, et l’inflation pourrait s’envoler.

L’exceptionnelle résistance de la Suisse et de son économie ne tient pas qu’à cela. Les acteurs doivent toutefois garder en tête ces quelques risques. Ils le feront sans doute. L’humilité et la réserve sont aussi deux valeurs qui ont fait la réussite suisse.