Dans les années 1980, quatre substances actives de médicaments sur cinq étaient fabriquées en Europe. Désormais, elles viennent presque toutes de Chine, où les coûts sont moindres et les subventions importantes, quelquefois même d’une seule usine. Si celle-ci devait ralentir la cadence, comme au pic de la pandémie, le monde tousserait. Cette situation engendre depuis des années des pénuries, notamment du côté des antibiotiques en Suisse. Pas besoin de Covid-19 pour cela.

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La crise sanitaire a causé d’autres carences sur des traitements sans rapport avec le coronavirus, qui ont pu être négligés. Les fermetures, les restrictions et l’immense reprise économique, chinoise puis occidentale, ont engendré des déséquilibres formidables à travers la planète. Du gaz au charbon, en passant par le bois et les terres rares; du textile aux matériaux de construction et aux emballages plastiques, l’offre ne satisfait plus la demande.

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La marine marchande joue des coudes à l’entrée des ports. Des terminaux ne savent pas où ranger les conteneurs là où ailleurs ils manquent. Une tempête qui a généré une flambée des prix du fret, des retards qui s’ajoutent à la pollution inquiétante qui règne sur le secteur. Même si, par colis, ils sont plus «écologiques» que tous les autres transporteurs, les bateaux font des ravages et le fioul lourd qui les propulse ne sera pas remplacé de sitôt par des carburants verts.

Face à un tel emballement, un remède fait rêver un peu partout: la filière courte. Disons-le franchement: le globe n’est pas près de se dépêtrer de sa dépendance à l’égard de la Chine. Mais on sent tout de même une secousse de fond: l’Europe lorgne son sous-sol pour y extraire des richesses aujourd’hui exploitées en Asie ou au Congo. La géothermie qui recourt aussi à des ressources souterraines et locales, le solaire et l’éolien promettent de s'extraire des énergies fossiles importées. Votre journal est largement issu de vieux papiers là où jadis le recyclage faisait exception.

Evoquons le cas du bois: la Suisse produit 8,2 millions de m3 de bois par an, dont 5 millions sont consommés sur son sol. Le pays, qui utilise dix millions de m3 de bois par an, pourrait donc mathématiquement en exporter moins et recourir à plus de bois national, d'autant plus que la production étrangère est depuis peu importée au prix fort et livrée en retard. Il y a du potentiel pour relocaliser l’industrie, rééquilibrer les échanges et, dans ce sillage, préserver un peu la planète.