Cette mère, une amie, m’appelle: «Ma fille, 16 ans est la paresse incarnée. Elle est en train de rater sa deuxième première année d’Ecole de culture générale, je ne sais plus quoi inventer pour la motiver.» Je rencontre l’adolescente. Mignonne, douée. A 14 ans, elle écrivait déjà un long récit à son père dans une langue plus qu’articulée. «Ce que je préfère dans la vie? Regarder des séries ou me poser sur le balcon et écouter de la musique. Le reste m’ennuie.»

Elle a déjà eu des petits amis, même une petite amie, mais, bon, «les relations, c’est compliqué». Elle a bien une pote élue, mais préfère «texter avec elle plutôt que l’appeler», car «parler et surtout écouter, c’est soûlant»… Et, question formation, elle se voit où? «Un peu dans la décoration, mais pas plus que ça. Il faut vraiment travailler?».

Je sors de ce repas sidérée. A 16 ans, je découvrais les délices du français. «L’Emile», de Rousseau. «Les liaisons dangereuses», de Laclos. Je savourais la puissance des mots, leur mystère. Et je n’en revenais pas de ce cadeau. Tout était nouveau. Pas forcément hilarant, non, mais palpitant, captivant…

Les psys impuissants

Une autre amie m’appelle. Son fils, 16 ans, ne quitte plus son lit depuis trois jours. Pareil, il est «soûlé» par la vie. En fait d’ivresse, c’est plutôt le cannabis qui le fait planer. Là aussi, un gosse brillant, fin musicien et curieux de tout lorsqu’on le croise. Incompréhensible. Les psys, largement consultés dans les deux situations, n’ont pas encore trouvé la voie vers l’action.

Je questionne mon fils, 19 ans, étudiant en première année à l’EPFL. D’où vient cette inertie? Il me regarde et soupire. «Mais maman, tout le monde s’ennuie. Quand, pour mes examens, je travaille du lever du jour à la nuit, je suis moralement satisfait du devoir accompli, mais intérieurement, je ne suis pas réjoui. Tu es bien la seule à penser que la vie est une fête!»

Un geste pour autrui, la solution?

Ah bon? Je rencontre pourtant plein d’adultes impliqués, motivés par ce qu’ils font… Je pense que c’est plutôt un problème d’âge et de génération. Entrer dans la vie, prendre ses responsabilités, agir, s’ouvrir, elle est sans doute là, la solution. Alors, à ces ados, je donne ce conseil qui vaut ce qu’il vaut. Qu’ils accomplissent chaque jour un geste pour autrui, un acte de pure charité, désintéressé. Pas forcément grand. Juste de quoi bouger et se décentrer. Etre pleinement et activement soi, je crois, passe par le mouvement vers les autres.


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