Il y a quelque temps, la femme d’affaires Beth Krasna s’inquiétait du désenchantement des jeunes en Suisse pour les sciences dures (Lire «Une révolution culturelle pour former plus d’ingénieurs», LT du 11.02.2011). Le constat est encore plus frappant si l’on considère le nombre de jeunes filles s’engageant sur la voie des études dite STIM (scientifiques, techniques, de l’ingénierie ou des mathématiques).

En effet, alors qu’aujourd’hui plus de jeunes filles que de garçons passent leurs examens de maturité et que la proportion des femmes ayant un diplôme universitaire a passé à 55,7%, elles sont à peine 33% à être titulaires d’un doctorat dans les sciences exactes et seulement 19% dans les sciences techniques. Les femmes sont aussi minoritaires parmi les chercheurs: elles représentent moins d’un tiers du personnel actif en recherche et développement (R & D), où elles occupent souvent des fonctions d’appui. Les femmes sont particulièrement sous-représentées dans les cycles d’études et branches économiques de l’électrotechnique, l’industrie des machines et métallurgique ainsi que les technologies de l’information et de la communication. Dans le secteur privé en Suisse, seul un chercheur sur cinq est une femme (chiffres de l’Office fédéral de la statistique, 2006).

Alors quand Beth Krasna affirme que «l’avenir sera conçu et construit par des ingénieurs et des scientifiques», il est dès lors indispensable d’encourager les jeunes filles à découvrir les métiers scientifiques. Les jeunes filles ont à la fois besoin d’être mises en présence de femmes qui pourront tenir un rôle de modèle, dans le cas présent, pour leur vie professionnelle. Elles ont également besoin de propositions concrètes. C’est à quoi tente de répondre l’initiative «Sciences – les filles se lancent!» (en anglais: Expanding Your Horizons) lancée en 1974 en Californie par des femmes scientifiques qui estimaient que les jeunes filles avaient autant d’aptitudes mais moins d’opportunités d’aller vers des métiers STIM.

Le principe de Sciences – les filles se lancent! est d’offrir aux jeunes filles la possibilité de «toucher du doigt» ce que peut réellement être un métier dans les domaines STIM et de découvrir que ceux-ci ne sont pas plus compliqués que d’autres, qu’elles en ont les capacités et que cela peut même être très amusant. Durant les ateliers, les jeunes filles participent à des expériences ludiques et découvrent l’importance d’étu­dier les mathématiques autant que possible à l’école. Grâce à des femmes volontaires pour animer des ateliers, les jeunes rencontrent des mathématiciennes, ingénieures et scientifiques actives dans la vie professionnelle et qui peuvent servir de modèles et de mentors à l’avenir.

Expanding Your Horizons a traversé l’Atlantique pour la première fois en novembre 2009 pour une conférence pionnière au niveau européen à Genève. Son succès a persuadé les organisatrices de l’opportunité que représente cette conférence pour les jeunes filles genevoises. Elles ont décidé de proposer une nouvelle rencontre à Genève cette année, qui aura lieu le 12 novembre prochain. Cette fois, le Département de l’instruction publique, de la culture et du sport du canton et l’Université de Genève se sont associés à l’initiative.

Environ 250 filles de 11 à 14 ans seront accueillies au bâtiment Sciences II & III de l’université, offrant à ces dernières une expérience précoce à l’environnement universitaire. La journée proposera également une «Foire de découverte professionnelle» où des représentants d’entreprises et d’institutions éducatives locales présenteront leurs activités et acquis techniques et tiendront des ateliers pour les parents afin de les aider à prendre une place active dans l’élargissement de l’horizon de leurs filles. Quelques exemples parmi les ateliers qui sont proposés: le CERN présentera entre autres «Plus froid que ça et tu figes! Plaisir glacial et régal à l’azote liquide»; la société biopharmaceutique Merck Serono animera une session sur le thème «Maquillage – beauté ou cruauté?». Ou encore l’EPFL, qui propose «L’Académie des robots: viens programmer le robot LEGO Mindstorms».

Les filles qui ne connaissent pas l’abondance de métiers passionnants issus des domaines scientifiques et technologiques sont encore nombreuses. Cette initiative crée l’occasion de rencontrer des femmes fascinantes, déterminées à partager leur passion: une profession qui consiste à réfléchir aux complexités de la vie, à résoudre et à vaincre les défis lancés par notre société. Cette initiative mérite donc le soutien le plus large possible de la part des entreprises, des entités publiques, de la société civile ainsi que des parents soucieux de l’avenir du pays et de ses enfants.

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